Le bonheur au travail c’est possible!

Que pensez vous de votre travail?  Le sens que vous lui accordez a-t-il plus d’importance que votre salaire? Est-il un obstacle ou une condition à votre bonheur ? Est il source d’angoisse ou d’épanouissement ? Y a-t-il selon vous de nouvelles formes de travail possible ?

Si ces questions vous parlent, cet article devrait vous intéresser! Nous allons aborder des alternatives qui n’ont rien de nouveau mais qui sont trop souvent méconnues ou abordées avec des idées reçues négatives. Des formes d’organisations du travail valorisantes, bienveillantes, horizontales, sans hiérarchies, productives et qui s’insèrent tout à fait dans une économie globalisée, seront mises en lumière. On peut créer de la richesse sans jouer l’oppression mais le partage et l’écoute.

systeme-evaluation-charb

Il existe de multiples exemples dans des domaines aussi variés que l’agriculture, la restauration, la communication, la production industrielle,…La crise que traverse le capitalisme redonne tout son sens à ses alternatives aux entreprises privées classiques. Il est temps de sortir de nos préjugés et idées reçues, le travail ne doit plus être un lieu de soumission, d’abnégation, d’oubli de soi et de ses envies.

Je vais aborder des notions telles que l’autogestion, vous présenter des entreprises ou les salariés sont aussi les propriétaires de l’entreprise et où les bénéfices se partagent équitablement. L’économie au service de tous les Hommes, c’est tout à fait possible et c’est peut être à côté de chez vous !

Nous sommes nombreux à déjà avoir entendu parler d’économie sociale et solidaire (ESS), avec des principes reconnus :

  • Non lucrativité individuelle
  • Gestion démocratique selon le principe : « une personne = une voix »
  • L’utilité collective ou sociale du projet
  • Des ressources mixtes…

Ces organisations sont des associations, des coopératives, des mutuelles,…et elles affichent la volonté de prendre en compte le social, l’environnemental au même titre que l’économique.

Voici une courte vidéo de présentation qui explique en image ce qu’est l’économie sociale et solidaire :

Bien sur, il faut être capable de garder un œil critique car dans le monde associatif les conditions de travail sont souvent difficiles, il existe des procédures démocratiques purement formelles,…L’E.S.S regroupe des initiatives et des organismes extrêmement disparates. L’adoption progressive des règles du système dominant est une menace bien présente et parfois la frontière devient floue avec des compagnies à statut privée lucratif, notamment dans le secteur des banques et assurances. Le risque d’instrumentalisation par le secteur privé ou les pouvoirs publics est aussi un risque. Cependant, si l’ESS ne résout pas tous les problèmes, les nombreuses initiatives qui y voient le jour sont autant de résistances qui concourent à transformer le modèle dominant.

« Située entre le privé et le public, dans le marché tout en portant des valeurs de coopération et de solidarité, l’ESS contribue ainsi à civiliser l’économie et à la démocratiser, ne serait-ce qu’en introduisant du pluralisme dans les formes d’organisations productives. Elle rappelle que l’entreprise privée capitaliste n’est pas la seule forme possible. Et témoigne que l’enrichissement personnel n’est pas le seul motif qui peut donner envie d’entreprendre.» Philippe Frémeaux in Alternatives Economiques

Aujourd’hui, il est même possible d’aller plus loin sans tomber dans des clichés et penser tout de suite « Communisme », « Castro » ou « collectivisme ». Allons voir de plus près ceux qui échappent aux griffes du capitalisme financier.

L’autogestion par exemple est la pointe avancée de l’ESS. C’est la gestion d’une entreprise par les employés eux-mêmes. Les prises de décisions sont décentralisées le plus possible et le partage des revenus entre tous les salariés est réalisé de manière équitable. Le principe de base est le consensus. Cette forme d’organisation est née au 19e siècle et après avoir quasiment disparu, retrouve un certain intérêt pour des associations, des mouvements collectifs ou coopératifs.

L’autogestion, ce n’est pas « une formule magique, une panacée économique » ; cela comporte des difficultés liées à la nature humaine (égoïsme, enjeux de pouvoir…), à l’expérience elle-même (plus grand investissement personnel que dans une entreprise classique, prise de décision en commun, nécessité d’obtenir un consensus, transmission des acquis) ou à l’environnement capitaliste concurrentiel (logique de profit, division du travail…). Mais cela peut changer beaucoup de choses : la vision du monde et des autres, les rapports humains, le travail, la consommation…

En bref, elle est « moins une réponse qu’une manière de poser les questions, un espace de luttes et d’expérimentations ». Pascal Bedos

autogestion

Que ce soit des boulangers à Montreuil (La Conquête du pain), des élèves et des professeurs d’un lycée parisien, des menuisiers en Limousin (Ambiance bois), ou une agence de communication (La péniche), tous vivent l’autogestion au quotidien !

Ce n’est pas toujours simple, car il faut apprendre à décider à plusieurs, partager la richesse collective, éviter l’émergence de « petit chef »,…C’est un système de management tout nouveau qui est à créer. Et si l’autogestion permet de se réapproprier son travail, maîtriser sa finalité, le fonctionnement autogestionnaire n’est pas applicable à tous, tout de suite : « Beaucoup de gens sont très contents d’avoir un chef pour cacher leur responsabilité et avoir quelqu’un de qui se plaindre. Tu ne peux pas aller à l’encontre de ça du jour au lendemain, c’est comme pour la sortie du nucléaire. Les militants anti-nucléaires ne veulent pas tout arrêter brusquement, mais préparer la sortie. » Sylvain, La péniche

Et concrètement, ca se passe comment ? Par la création d’une société coopérative de production ou d’intérêt collectif (Scop et Scic) par exemple. En voici une présentation sympa en image :

Et si l’égalité des salaires et l’absence de hiérarchie ne font par partie des obligations des Scop classiques, de nombreuses structures décident d’aller plus loin que ce qu’imposent les statuts.

Bien que le phénomène ne soit ni médiatisé ni soutenu, la France expérimente encore bon nombre de « réanimations » en coopératives et de plus en plus de transmissions d’entreprises aux employés au moment du départ en retraite du patron. Le taux de survie à cinq ans de ces coopératives est de 70 %. Elles ont sauvé 7 300 emplois.

Bien entendu, les avancées démocratiques internes à la Scop ont des limites. En effet, les Scop ne sont pas dispensés de suivre les règles générales de la concurrence capitaliste, dont celle de la recherche de compétitivité. Une Scop ne peut vivre que si elle peut faire face à la concurrence, ce qui, sans renier son éthique sociale, reste possible dans le cas de petites entreprises opérant dans des niches locales ou nationales, mais l’est beaucoup plus difficilement dès qu’il s’agit de faire face à la concurrence internationale. De plus, travailler en Scop signifie plus d’implication et bien souvent, plus d’heure de travail, la sphère professionnelle tend à s’étendre sur la vie privée. Il faut être capable de trouver collectivement des limites.

« L’oisiveté est, dit-on, la mère de tous les vices, mais l’excès de travail est le père de toutes les soumissions. » Albert Jacquard, Extrait de Petite Philosophie à l’usage des non-philosophes

Si le statut actuel des Scop ne permet pas d’en faire un modèle autogestionnaire généralisable, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain mais aller plus loin que cette première expérience. C’est un premier pas pour s’émanciper de la « propriété lucrative » et aller vers la copropriété d’usage des moyens de production. Pour cela le président de Scop Entreprises, M. Patrick Lenancke, appelle les responsables politiques à créer des financements spécifiques en faveur des salariés qui investissent collectivement dans la reprise de leur entreprise car l’apport en capital est la 1ere difficulté qui se pose lors de la création d’une Scop.ObjecionF

Cette organisation du travail ne remplacera pas le capitalisme du jour au lendemain, des ruptures seront certes indispensables mais elles ne pourront se faire que sur la base d’alternatives économiques et sociales qui feront la preuve de leur pertinence. Et pour ramener de la cohérence, il est important de rappeler le caractère fondamentalement politique de toutes les formes de vie collective. Les entreprises sont donc des entités politiques où le principe d’égale participation de chacun aux affaires communes doit se développer.

Quoi qu’il en soit la coopération, l’auto-organisation, l’autogestion sont des expériences qui permettent de se construire tant collectivement qu’individuellement comme être debout, actrices et acteurs réellement égaux.

Enfin, rappelons nous que le bonheur, qui est le but de tout à chacun, passe par la question du sens. Et si trouver du sens à sa vie peut passer par l’engagement dans une activité professionnelle en cohérence avec ses valeurs, elle passe aussi et surtout par des relations de qualité (amour, amitié, parentalité), des réflexions philosophiques et démarches spirituelles. L’épanouissement professionnel n’est pas un gage de sérénité. 

Revenu de base inconditionnel – Utopie d’hier et pragmatisme d’aujourd’hui?

Nous vivons une époque à la fois angoissante et fabuleuse car nous sommes en train de vivre le crépuscule d’un monde. Il semble que le système économique occidental, qui a colonisé l’ensemble de la planète soit à bout de souffle et surtout ne soit plus au service des hommes qui l’alimentent au quotidien.

La crise Grecque n’est que le symptôme le plus avancé d’un système en pleine déliquescence. Les constats et les chiffres « alarmant » concernant le taux de chômage, la dette, la croissance,…s’accumulent. Même le fameux modèle Allemand que tout le monde devrait appliquer, ce que les fonctionnaires et l’élite néolibérale Européenne tente de faire par tous les moyens, est sous le feu des critiques.

Mais le plus étonnant, c’est l’incapacité de nos responsables à réviser les traités et les politiques qui nous ont amenés à cette situation. Ils souhaitent nous faire croire qu’il n’y a aucune alternative, qu’il faut se serrer la ceinture en temps de crise…et les grands médias sont les dociles haut parleurs de cette vision du monde et de l’économie.

Le tableau et l’avenir semble bien sombre si l’on se contente des outils et solutions « traditionnelles ». Et il ne faut pas se voiler la face, la frustration et le désarroi engendrés par les politiques d’austérité menés actuellement en Europe ne peuvent mener qu’à la violence. Mais en ces temps de débats aseptisés, une idée ancienne revient à la surface et elle pourrait bien être l’étincelle qui nous fait basculer vers d’autres possibles.

La crise structurelle que nous vivons pourrait bien être un terreau fécond pour l’émergence d’un revenu de base inconditionnel ! Mais qu’est ce que c’est que cette idée indécente par les temps qui courent? En effet, l’idée qu’on doit travailler et gagner de l’argent pour (sur)vivre est tellement bien ancré dans notre système de pensée qu’il est inimaginable de faire autrement. « Nous sommes encore persuadés de devoir arracher à une nature aride et ingrate les moyens de notre subsistance individuelle ; or la réalité est bien différente. » Mona Chollet

Garantir un travail à chacun est aujourd’hui complètement illusoire (voir article sur le travail). Miser sur la croissance pour y parvenir est un leurre, je pense qu’il est nécessaire de revoir totalement notre manière de penser en distinguant revenu et travail.

Le revenu de base inconditionnel consiste à verser à chacun une somme mensuelle suffisante pour lui permettre de vivre dignement, indépendamment de ses activités rémunérées.

« Il devrait être versé à chaque individu, de la naissance à la mort et non à chaque foyer ; aucune condition ni contrepartie ne serait exigée ; et il serait cumulable avec les revenus d’un travail.

Ainsi, chacun pourrait choisir ce qu’il souhaite faire de sa vie : soit continuer à travailler, soit conserver la jouissance de son temps en se contentant d’un niveau de consommation modeste, soit alterner. Les périodes hors emploi ne seraient plus suspectes, puisque le travail rémunéré cesserait d’être la seule forme reconnue d’activité. Ceux qui choisiraient de vivre du revenu garanti pourraient se consacrer pleinement à des tâches qui les passionnent et/ou qui leur semblent socialement utiles, seuls ou à plusieurs. » Mona Chollet – journaliste et essayiste

Tout d’abord, il est crucial de rappeler que nous sommes nombreux à toucher au cours de notre vie, des revenus qui ne sont pas directement le fruit d’un travail salarié (Bourses étudiantes, congés parentaux, pensions de retraite, allocations familiales, indemnités de chômage, régime français des intermittents du spectacle, minima sociaux).

Par ailleurs, il peut être utile de savoir que ce projet trouve des défenseurs aussi bien chez les ultra-libéraux, chez certains écologistes, des philosophes ou encore des économistes d’obédience radicalement opposés. Cela peut laisser perplexe et nous invite à se pencher sur les objectifs de chacun.

Pour certains, c’est une solution efficace pour supprimer les lourdeurs bureaucratique de l’Etat-Providence, pour d’autres c’est un moyen de dépasser le capitalisme et d’instaurer de nouveaux rapport sociaux. Une lecture purement politicienne de ce sujet n’a donc aucun sens, c’est avant tout une question citoyenne.

C’est une idée dont on parle encore trop peu, même si la Finlande et la Suisse commence à l’évoquer sérieusement. C’est déjà en place en Alaska et des expérimentations locales ont déjà vu le jour aux 4 coins du globe.

Un revenu de base – Pour quelles conséquences ?

Tout d’abord, la question du chômage, source d’inquiétude, et qui coûte très cher n’existerait plus. L’objectif du plein emploi n’aurait plus lieu d’être et les « cadeaux » aux entreprises (ex: allègement fiscaux) pour embaucher non plus.

Par ailleurs, ce dispositif très simple à administrer permettrait de réaliser des économies budgétaires importantes car il viendrait se substituer à toutes les dépenses sociales déjà existantes qui sont lourdes et peu efficaces.

Enfin, le fait de ne pas jouer sa survie face à l’employeur donne à l’employé une plus grande marge de négociation, notamment pour les activités pénibles. La souffrance physique et psychique lié au travail s’en trouve diminué, la consommation de médicaments également !

«  La satisfaction des besoins élémentaires assurée, chacun pourra se consacrer à une activité, à un travail librement choisi. Chacun pourra oser entreprendre, oser créer. Chacun pourra décider de se libérer d’un travail aliénant sans craindre de ne pas assurer le minimum pour les siens. Le partage des emplois sera à nouveau à l’ordre du jour, la relocalisation de l’économie sera viabilisée. La formation, le changement de métier, les ruptures dans une carrière professionnelle, l’intermittence,  pourront être envisagés plus sereinement. Enfin la modulation de ce revenu de base entre l’enfance et la jeunesse permettrait à chacun de construire son avenir en totale autonomie, indépendamment des origines sociales de chacun. » Guy Valette – animateur de l’association / Mouvement Français pour un revenu de base

2012_04_17_11_53_cerveau_revenu_de_base_inconditionnel

Malgré ces aspects séduisants, cette idée soumet nos conditionnements et nos idées reçues  à rude épreuve et le scepticisme n’est jamais très loin.

Une des craintes principales consiste à croire que plus personne ne voudra travailler. Hors des expérimentations et des études ont démontré une réduction du temps de travail d’environ 1 mois par an. Et un revenu de base n’est pas l’abondance. De nombreuses personnes souhaiteraient compléter cela en travaillant à plein temps ou à temps partiel (voir le film : http://www.youtube.com/watch?v=-cwdVDcm-Z0 ). Les employeurs devraient alors offrir des emplois et des conditions de travail réellement attrayants pour attirer du personnel. On ne travaillerait donc pas beaucoup moins mais certainement mieux, dans des activités à plus forte valeur ajouté ou qui ont plus de sens pour les individus.

Certes, on risque de voir des segments de la population perdre le contact avec le travail salarié de façon durable. Mais les diverses réformes des années récentes, consistant à accroître les incitations à travailler, n’ont pas eu d’effet très probant. Subordonner les allocations au travail conduit effectivement les pauvres à travailler, mais dans des emplois faiblement productifs, peu rémunérés, qui ne servent que rarement l‘intérêt général, qui apporte peu d’estime de soi et dont il est très difficile de sortir.

Autre point qui semble à 1ere vue être un frein, c’est le coût d’un tel système. Hors, nous avons vu qu’il permet des économies importantes car il remplace les dispositifs existants. C’est moins radical qu’il n’y parait car le système actuel coute déjà très cher. De nombreux économistes et partisans de cette idée ont évoqué des pistes crédibles pour financer un tel projet.

« L’argent est là, ce qu’il manque c’est la volonté politique » C’est à nous citoyens de faire bouger les lignes, le changement viendra de la société civile.

Par ailleurs, la plupart des militants s’entendent pour dire que ce revenu de base inconditionnel doit être mis en place au niveau Européen pour une mise en œuvre juste et efficace. Le revenu pourrait être calculé selon le pouvoir d’achat national. Sa mise en place serait un levier pour contrecarrer la crise sociale, le racisme, l’exode rural, l’entassement dans les villes, l’angoisse du lendemain et redonner espoir aux citoyens.

11535813_1075657542484950_6858949012211894297_n

Bien entendu, ce n’est pas une idée magique qui résoudrait tout du jour au lendemain. Des critiques pertinentes existent. Par exemple, ce système ne résout en rien le processus à la base des inégalités ; sauf peut être à lui adjoindre un plafonnement des salaires et une fiscalité réellement progressive. D’autres estiment qu’on ne peut avoir des droits sans des devoirs ce qui semble légitime mais le droit de vivre dignement est il droit comme un autre? Le montant de ce revenu est crucial car s’il doit être suffisant pour vivre de façon digne. La définition de ce « suffisant » reste sujet à débat.

En conclusion, il est important de rappeler que notre rapport au travail, à l’argent doit évoluer, la question du sens est fondamentale si l’on veut sortir de l’impasse actuelle. Notre modèle basé sur le couple effort (travail) / récompense (consommation) est voué à l’échec et engendre une frustration croissante. Le changement de société serait tout sauf facile : « J’espère bien que les gens auraient mal à la tête, et au cœur, et au ventre, que tout leur métabolisme serait dérangé, s’ils devaient réfléchir à ce qu’ils ont réellement envie de faire ! Comment pourrait-il en être autrement quand, pendant des années, on est allé au turbin sans se poser de questions ? Oliver Seeger – militant et ancien membre de Longo MaÏ

Bien qu’il soit difficile de sortir de décennies de formatage, ce n’est pas impossible. Nous devons tous réapprendre à vivre si l’on ne veut pas que les extrêmes politiques se renforcent en soufflant sur les braises d’un système à bout de souffle. De la compétition à un projet de société basé sur la coopération, le revenu de base peut nous aider à changer de modèle en libérant les ressources de chacun.

Pour faire avancer la réflexion et pour que la commission Européenne examine le sujet, vous pouvez signer ici : http://revenudebase.info/initiative-citoyenne-europeenne/

Baptiste S.