Le travail disparaît et c’est tant mieux !!

Sous ce titre volontairement provocateur, je souhaite attirer l’attention sur la question du travail qui est au cœur de l’actualité. Les médias, les politiques en font un de leur sujet de prédilection. Nous devons également en tant que citoyens nous accaparer ce sujet brûlant.

Les chiffres du chômage augmentent, ceux qui ont la « chance » d’avoir un emploi ne veulent surtout pas le perdre. Le nombre de diplômés sous-employés se multiplie. La question que l’on nous propose comme une évidence est: comment retrouver la croissance et le plein emploi? Les décideurs occidentaux se déchirent sur les meilleures solutions pour y répondre. Mais de plus en plus de voix s’élèvent pour dire que la question n’est peut être pas la « bonne ». Cela fait 40 ans que l’on s’obstine dans ce sens et les choses vont de mal en pis.

Il est grand temps d’ouvrir notre champ de vision et de pensée pour se poser de nouvelles questions afin de concevoir et construire un avenir ou la jetabilité et le court-termisme ne sont plus la norme.

La vidéo ci dessous propose quelques pistes de réflexions et permet de comprendre la « normalisation » de la précarisation du travail. Loic Wacquant, sociologue, explique que la société est prisonnière de mythes économiques tels que le plein emploi et la croissance. Pourquoi la société ne parvient-elle pas à imaginer reconnaître l’utilité d’autres activités en dehors du travail salarié et marchand?

Tout d’abord, définissons le mot travail, qui vient du latin « tripalium », qui était un instrument de torture. Pour un nombre croissant d’entre nous, l’étymologie du mot se rapproche dangereusement de la réalité! Au delà du clin d’œil de l’histoire, aujourd’hui, lorsqu’on dit de quelqu’un qu’il travaille, cela signifie en réalité qu’il s’agit d’une personne ayant une activité professionnelle rémunérée. En disant cela, on véhicule l’idée que ceux qui n’ont pas de travail, qui n’ont pas d’activité professionnelle rémunérée, ne travaillent pas donc sont des oisifs ; et être un oisif, c’est finalement être un fainéant dans la représentation sociale moderne. Avec une telle utilisation du mot travail, les écoliers, les retraités, les mères au foyer, les bénévoles des associations, les élus municipaux relèvent de la catégorie des oisifs. 

Bien entendu, pour certains individus comme les cadres, les professions intellectuelles, les professions des arts et spectacles, le travail est un lieu possible d’épanouissement. Mais beaucoup d’autres subissent le travail, notamment quand il est peu valorisé socialement. On y perd sa santé et son âme. L’obsession d’avoir un emploi pour vivre, même si elle est profondément ancrée dans nos têtes, doit être mise au placard des vieilles idées poussiéreuses. Cela ne fonctionne plus, le système consumériste qui fonctionnait sur les gains de productivité est obsolète. Le pouvoir d’achat permet de moins en moins de payer ses dettes et de consommer comme le marketing nous le dicte. Et c’est tant mieux. Le fameux « travailler plus pour gagner plus » n’a plus de sens dans nos sociétés ou l’emploi se raréfie grâce à l’automatisation et aux délocalisations.

« Je travaille à être heureux, c’est le plus beau des métiers » Robert Lassus

Mais comment se fait-il que la majorité de la population est incapable de se penser en dehors du travail? Les vacances, c’est bien, mais on s’ennuie un peu au bout d’un moment! Notre dignité d’homme et notre capacité à satisfaire nos besoins matériels ne doit pas venir uniquement de notre travail et activités productives mais de nos échanges, de nos relations avec les autres. Il me semble que la question du travail doit être repensée de fond en comble, en cessant de penser que le travail est l’essence de l’homme.

Il faut inventer une nouvelle façon de produire de la valeur. A ce propos, de nouvelles formes d’activités voient le jour à travers le monde comme le woofing, les chantiers participatifs, les systèmes d’échanges locaux (S.E.L),… ou l’échange monétaire n’est plus la clé de voûte de la relation. Dans un autre esprit, on peut évoquer la nouvelle vague des « makers« , des entrepreneurs en train d’industrialiser la bidouille et l’esprit DIY (Do It Yourself), en un mouvement tout à la fois artisanal et innovant, high-tech et low-cost.

De plus, pour certains analystes comme la sociologue Dominique Méda: « Si on veut donner un coup d’arrêt à la croissance, sans provoquer une crise majeure de l’emploi, il faudra l’accommoder d’un véritable partage du travail. Et passer aux 32 heures ou à autre chose. Mais il faudra faire un pas supplémentaire ». L’idée de cette diminution est de favoriser des conditions de travail plus digne. On peut également envisager de mettre en place des congés sabbatiques de six mois tous les 5 ans ou un an tous les 10 ans. Cela permettrait de répondre aux aspirations de voyages ou encore de changer d’horizon professionnel au cours de sa vie de travail alors que l’âge de la retraite recule. Par ailleurs, au delà de la réduction du temps de travail, et en ce qui concerne les tâches les plus difficiles, on peut imaginer une organisation où il y a un partage sur l’ensemble des actifs de ces tâches ingrates accompagné de salaires plus élevés.   

Définir des besoins de base universels qui soient satisfait pour tous, c’est à dire déconnectés de l’activité rémunérée et du salaire, est aujourd’hui indispensable. Enfin, et c’est un point crucial. Ces différentes options sont totalement réalisables d’un point de vue financier selon de nombreux économistes indépendants. Je vous invite sur ce sujet à regarder le documentaire « Revenu de base, une impulsion culturelle »

L’objectif de l’organisation collective et du bien vivre ensemble doit être de réduire le travail et la production matérielle autant que possible. La robotisation des dernières décennies qui a grandement permis de réduire la quantité de travail permettant de produire les biens nécessaires est donc à saluer. Que cette diminution soit source de chômage est le signe d’une erreur fondamentale de l’organisation de notre société. L’échange d’idée, de savoir, de savoir-faire doit se substituer un maximum à l’échange marchand. On peut conclure en citant le grand humaniste Albert Jacquard:

« La société du temps libre, c’est la société où l’on a le temps d’échanger des regards, des sourires…et peut être encore mieux! »

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Le revenu de base – une impulsion culturelle

Vidéo

Film réalisé par Häni et Schmidt sur le revenu de base universel, une idée au premier abord extravagante et irréaliste mais qui prend aujourd’hui de l’ampleur. Ce superbe documentaire est d’une sobriété qui n’a d’égal que son aspect subversif.

La Suisse s’y intéresse de près, une campagne au niveau Européen a été lancé en Janvier 2013, des expériences locales se développent. Les possibilités qui s’ouvrent avec ce revenu de base doivent nous interroger sur les conditions de sa mise en oeuvre et ses conséquences. Le débat mérite d’être ouvert.

Il existe par ailleurs une initiative citoyenne européenne avec une pétition en ligne qui vise à inciter la commission européenne d’étudier en profondeur cette initiative au sein du Parlement européen: http://basicincome2013.eu/ubi/fr/