L’autonomie, ca se construit…pour un meilleur vivre ensemble !

Notre sentiment d’impuissance actuel et l’abîme vers laquelle nous nous dirigeons est elle une fatalité? Bien sur, la peur et le climat d’insécurité se développent. Mais est ce vraiment une surprise? Les attentats de ces derniers mois sont symptomatiques d’un contexte politique, économique, social, culturel fertile à leur développement. Les « ploutocraties » dans lesquelles nous vivons en sont le terreau nourricier. Le manque d’espoir et l’absence de sens chez une partie de la jeunesse Européenne me semble également être une des sources des drames actuels. On se retrouve coincé entre d’un côté un terrorisme international et de l’autre un autoritarisme d’Etat grandissant (cf: état d’urgence).

La manipulation et la fanatisation de certain individus, par des groupes extrémistes (terroriste et politique) peut il s’expliquer par un manque d’autonomie de ces derniers? Et de façon plus générale, ne manquons nous pas tous d’autonomie? Je souhaite développer dans cet article l’hypothèse qu’un développement de l’autonomie au niveau personnel et collectif serait d’un grand secours pour transiter vers une société plus adulte et humaine.

Une personne autonome est capable de se servir de ses propres capacités pour agir sans être guidée par un autre, elle est capable de se déterminer par elle-même, de faire preuve de distance morale, émotive et intellectuelle. Cette capacité d’autonomie est trop peu développée et entraîne des conséquences désastreuses.

Il est évident que le système néolibéral et capitaliste qui a pour seul objectif la croissance infinie de la production et de la consommation touche à sa fin. Malheureusement, le basculement vers une autre société semble impossible, du moins on aimerait nous le faire croire. L’avenir semble bouché, les citoyens et la jeunesse en particulier sont ignorés. C’est aussi à la source des radicalisations actuelles. Détruire et créer le chaos semble devenir un échappatoire pour un nombre croissant de jeunes en détresse psycho-sociale.

Je suis persuadé que pour sortir de l’impasse et reconstruire de l’espérance, cheminer vers  l’autonomie est un premier pas. L’autonomie psychologique et la décolonisation de notre imaginaire facilite l’insurrection des consciences. C’est un préalable pour reconstruire la politique comme mobilisation collective. Proposer une politique radicalement différente avec une structure davantage horizontale et non professionnelle par exemple.

Par ailleurs, le système actuel tient parce que nous adhérons tous plus ou moins à celui-ci. On accepte le cadre et le moule qu’on nous impose plus ou moins consciemment. C’est notre rapport à l’autorité et à nos besoins qui méritent d’être interrogé si l’on veut comprendre les processus complexe de fabrication de notre consentement. Heureusement, des îlots de résistance et de création sont toujours présents, des mouvements citoyens émergent et visent à l’autonomie de la société par rapport a système technico-productif frôlant l’absurdité.

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Tout d’abord, il y a l’autonomie au niveau du quotidien, d’un point de vue pratique dans le sens ou « l’autonomie c’est se réapproprier des savoirs, des savoirs faire, des connaissances pour vivre plus simplement et moins dépendre du système, le tout avec du plaisir. » Editions Ypy Pyp

L’autonomie n’est pas « naturelle », elle s’acquiert et se construit au fur et à mesure du développement de la personne, dans la relation aux autres. C’est en renforçant son estime de soi et l’ensemble des compétences relationnelles et sociales que l’on avance vers l’autonomie. Par l’acquisition de ces outils et de ces aptitudes l’individu pourra aborder et gérer sereinement les situations de la vie quotidienne.

Cela passe par se mettre en mouvement, redevenir actif, acteur de nos vies sans attendre l’homme providentiel ou le « grand soir ». Nous en sommes tous capables. L’autonomie se construit pas à pas, il ne sert à rien de se fixer des objectifs démesurés au risque de se décourager.

Faire son jardin, du troc de graine, se réapproprier son logement (tiny house, yourte, habitat participatif,…), voyager moins loin de façon plus lente et douce (vélo, à pied, auto-stop,…), le mouvement du « Do it yourself », participer à un atelier de création de sa propre éolienne ou d’un rocket stove, développer une monnaie locale…tout cela constitue constituent des actes politiques forts. D’un point de vue réutilisation de vieux objets pour améliorer son autonomie, les vidéos de Barnabé Chaillot, un bricoleur créatif et touche à tout, sont très instructives.

Retrouver la capacité innée de faire les choses par soi même dans un maximum de domaine est à la fois utile et joyeux. Se réapproprier le cadre matériel de son existence peut être source de grand bonheur.

Je conseille également la lecture du magazine Kaizen « hors série n°3 – Comment devenir autonome » qui est un manuel à destination des personnes qui ont (vraiment) envie de prendre leur vie en main. On y apprend à cultiver son jardin sur butte, à construire un cuiseur solaire, à construire sa mini maison, à reconnaître et utiliser les plantes médicinales,…

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Par ailleurs, gardons à l’esprit que la peur et le manque d’espoir annihilent notre puissance d’agir. Et je ne peux évoquer la peur et l’autonomie sans évoquer la question de la dette qui est un des outils utilisé par nos dirigeants pour limiter l’imprévisible à la base de tout changement.

« Pour que la puissance d’agir puisse se déployer, il faut que le possible dépasse l’actuel, il faut que le monde contienne de l’indéterminé, un temps ouvert en train de se faire, c’est-à-dire un « présent » qui enveloppe des bifurcations possibles et donc des possibilités de choix, de risques existentiels. Et ce sont ces possibles et ces bifurcations imprévisibles que la dette s’efforce de neutraliser. » Maurizio Lazzaroto, La fabrique de l’homme endetté

C’est pourquoi, je me méfie grandement de l’injonction : « Tous propriétaire » qu’on nous ressasse depuis les années 70 car cela implique de s’endetter sur 15, 20 voir 30 ans. Et par conséquent nos modes de vie, nos projets sont conditionnés, balisés dans une direction peu favorable à l’autonomie. Ne plus être l’esclave du système bancaire n’est pas évident. Mais c’est le seul moyen pour obtenir l’autonomie financière !

Par ailleurs, autonomie ne veut pas dire autarcie. Les vertus de l’échange, du partage, de la coopération doivent redevenir centrales. Cela passe par entretenir de bonnes relations de voisinage, se constituer un réseau qui partage nos valeurs. La proximité avec la nature, une alimentation saine. Ce sont les éléments de base d’une bonne existence mais qui sont trop rares pour un nombre important d’entre nous.

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« L’homme retrouvera la joie de la sobriété […] en réapprenant à dépendre de l’autre, au lieu de se faire l’esclave de l’énergie et de la bureaucratie toute puissante. » Ivan Illich

Rechercher l’autonomie c’est se tourner vers une démarche de simplicité volontaire en s’appuyant sur des outils simples, à notre service (à lire : « l’Age des low-tech » de Phillippe Bihouix). Cela, en opposition aux objets hyper technique, qu’on souhaite nous rendre indispensable, et qui font de nous des esclaves dès le moment où ils sont hors d’usage.

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« L’outil simple, pauvre, transparent est un humble serviteur ; l’outil élaboré, complexe, secret est un maitre arrogant. » Ivan Illich

Il est évident que l’homme n’a aucune propension naturelle à l’auto-limitation mais cela s’apprend, se développe. Et puis la frustration et son acceptation sont nécessaires pour évoluer. Le travail sur soi, faire face à ces propres zones d’ombres, représente le seul moyen de gagner en autonomie face aux conditionnements qui nous enchaînent.

Sobriété et puissance d’agir retrouvées sont même des sources de joie bien plus profondes que l’illusion de toute puissance actuelle. Se tourner vers la sobriété est une évidence, une nécessité et mieux vaut qu’elle soit choisie que subit. Selon Patrick Viveret, c’est en s’appuyant sur « le meilleur des sociétés traditionnelles (lien à la nature, lien social) tout en conservant l’émancipation acquise grâce à la modernité » que l’on construira une humanité plus juste et humaine.

Comme on a pu le constater, l’autonomie ne peut être considérée comme un pré-requis, ce n’est pas « naturel » chez l’homme. C’est une capacité qui se construit. Le système éducatif se doit de la considérer comme une finalité essentielle de formation, et accompagner son développement. Une éducation « pour l’autonomie, vers l’autonomie », éloignée « des âneries diffusées par la télévision », qui conduira l’individu à s’interroger sur le sens de son action, sans céder à la passion ou au préjugé. Une éducation émancipatrice doit s’appuyer en priorité sur la pratique et le vécu. La compréhension intellectuelle doit s’accompagner d’expérience, éprouvé matériellement. La conscience, purement intellectuel d’un fait, ne suffit pas à changer en profondeur notre humanité.

Dans un monde en perpétuel changement, où les savoirs deviennent rapidement inadaptés aux nouveaux besoins, il importe plus de savoir apprendre, de ressentir, que d’avoir accumulé des connaissances promises à l’obsolescence.

« L’illettré de demain ne sera pas celui qui n’a pas appris à lire. Ce sera celui qui n’a pas appris à apprendre. » Herbert Gerjuoy

En conclusion, nous pouvons affirmer que l’autonomie est à la fois facteur d’émancipation, d’accomplissement de soi et chemin d’intégration vers un monde adulte et riche de sens. S’offrir et retrouver une puissance d’agir en lien avec notre vécu, qui raisonne en nous de façon intime permettra à mon sens, de faire de la politique l’affaire de tous. A nous de construire une autonomie politique et sociale, une démocratie revivifiée, plus directe où l’humain et le vivant sont prioritaires. Transformation individuelle et collective s’élaborent ensemble. Espérons un sursaut vital.

L’aveuglement collectif que nous vivons en ce moment ne pourra se guérir que si chacun fait un retour sur lui même, rencontre sa propre nature et découvre sa vraie vocation individuelle et sociale. L’autonomie est à ce prix. Les germes de la métamorphose sont là présent en chacun de nous. En faire une réalité nécessite la mobilisation de tous ceux qui y aspirent.

Baptiste S.

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Écouter notre coeur pour ouvrir les fenêtres de la paix

« Si vis pacem para bellum » – Cette devise, que l’empire Romain a fait sienne en son temps, et que l’on peut traduire par « Qui veut la paix prépare la guerre » se rapproche à mes yeux de l’oxymore et ne résiste pas à l’examen de l’histoire. Si elle peut être entendue dans un sens raisonnable, les faits historiques font de cet adage un mensonge grossier. Par exemple, les Romains ont en réalité fait la guerre pendant deux siècles et demi. Par ailleurs, on peut lui préférer la version humoristique de Jean René Caussimon « Si vis pacem pars a vélo ».

Il est incroyable qu’au 21e siècle, les Hommes n’aient pas trouvé d’autres alternatives aux conflits que la violence et la guerre dont une expérience multiséculaire aurait dû, depuis longtemps, nous révéler l’inefficacité.

Peut on se libérer de la violence? La violence et la colère qui l’accompagne, peut elle être justifiée moralement ou juste? Et quand j’utilise le terme violence, je ne veux pas seulement évoquer la violence physique et les guerres. Il existe la violence économique (chômage, exploitation,…) et psychologique (l’individualisme, la négation de l’être humain, la dépression et les drogues). Ce questionnement est crucial car la violence nous détruit et détruit notre monde. Nous accumulons les frustrations et le ressentiment, générant de nouveaux cycles de violence parce que l’on cherche de fausses solutions comme les drogues, le fanatisme religieux et politique,…Et peu importe de savoir si la violence est innée chez l’homme ou si elle est le résultat de son héritage social et culturel. Nous sommes violent, c’est un fait irréfutable, la vraie question à se poser est: Comment y remédier?

Bien sûr, c’est une question très complexe. Pendant des millénaires des communautés religieuses du monde entier ont voulu rendre l’homme moins violent sans y parvenir. Il est donc crucial d’explorer les racines même de la violence pour nous en libérer. Et cela commence par se dire que l’on peut mettre fin, en soi même, à toute forme de violence tout en vivant dans ce monde brutal qui nous entoure. Etre intimement convaincu que la violence peut cesser est le premier pas.

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Il existe des concepts, des philosophies très anciennes comme la « non violence active » dont on retrouve des enseignements dans le Bouddhisme et le Jaïnisme. Elle a été popularisée dans le courant du 20e siècle par des personnalités comme Gandhi pour la libération de l’Inde de la tutelle Anglaise et l’abolition des castes. On pourrait également citer Martin Luther King et le mouvement des droits civiques aux Etats-Unis ou encore Nelson Mandela et le mouvement anti-apartheid en Afrique du Sud.

On peut s’appuyer sur le Centre de ressource pour la non violence de Montréal dont la mission est de faire connaître et de promouvoir la non-violence active comme un choix de vie personnel et collectif capable de contrer la violence sous toutes ses formes et de bâtir peu à peu un monde d’harmonie, de justice et de paix pour en esquisser une définition:

« La non-violence active est une façon de vivre, d’agir et de lutter dans un monde où la violence se manifeste sous de multiples formes. Elle repose sur une volonté ferme de respecter en toutes circonstances les êtres vivants et l’environnement et de résoudre les conflits inévitables de la vie sans recourir à la violence. Cette non-violence active est une force qui inspire, soutient et transforme tous les aspects de notre vie et de nos relations. Elle se pratique au jour le jour dans la vie privée, au travail ou dans la société, même en temps de conflits majeurs ou de guerre. »

http://www.nonviolence.ca/

Ce concept est intéressant dans le sens où il ouvre l’imaginaire vers un monde sans violence. Ce n’est qu’un concept parmi tant d’autres, les livres sacrés en sont pleins, et pourtant nous sommes toujours violents, mais il me semble que la spiritualité et l’art de vivre avec soi et avec les autres qu’il véhicule, peut nous aider à sortir de notre conditionnement culturel, éducatif…

Selon Jiddu Krishnamurti, pour comprendre la violence et aller au delà, « je ne dois ni la refouler, ni la nier, ni me dire: « elle fait partie de moi, je n’y peux rien ou: Je veux la rejeter. » Je dois la regarder, l’étudier, entrer dans son intimité et à cet effet, je ne dois ni la condamner ni la justifier.« 

Mais nos esprits conditionnés, ne sont pas habitués à ne porter aucun jugement. Cela s’acquiert par l’apprentissage et l’écoute de soi. Il est également possible de s’appuyer sur des principes simples comme le propose le docteur David Servan Shreiber dans son ouvrage « Guérir« . Par exemple, dans une discussion, émettre des observations les plus objectives possibles en s’appuyant sur des faits et parler uniquement de ce que l’on ressent. L’objectif de la communication non violente est de développer l’écoute de l’autre comme de nous mêmes. La communication non violente (CNV) ou empathique est un processus de communication intéressant, notamment développé par le psychologue Marshall Rosenberg dans les années 70, auteur de nombreux livres dont « Les mots sont des fênetres ou bien des murs« . Il existe aujourd’hui des livres, des formations qui sont appliqués dans des entreprises, des hôpitaux, des structures sociales et éducatives.

Soyons un peu plus girafe!

Soyons un peu plus girafe!

Je suis partisan du fait que la violence n’est pas le propre de l’homme. Pour de nombreux auteurs, l’éducation violente des enfants est la principale cause de son maintien dans l’inconscient collectif. En devenant adulte, à des degrés divers bien sur, la violence nous semble le moyen normal de résoudre les conflits. Alice Miller a notamment montré que tous les dictateurs du XXe siècle, sans exception, ont été des enfants dévastés par la violence de leurs éducateurs. Pus récemment, la télévision et le cinéma jouent un rôle crucial dans le développement comportemental. De multiples études prouvent que les enfants qui regardent beaucoup de violence sont plus enclins à utiliser la violence pour résoudre leurs conflits. La violence à l’écran à des effets concrets sur la stimulation et le fonctionnement du cerveau, notamment chez les plus jeunes. Une éducation à la non violence dès le plus jeune âge me semble tout à fait pertinent.

Par ailleurs, il me parait utile sur ce sujet, d’évoquer la notion, peu connue, « d’assertivité« . Elle se trouve entre la notion d’agressivité et de passivité et permet de sortir de la dynamique dominant / dominé. « L’assertivité est une fermeté face au respect et à l’expression de ses valeurs, besoins et désirs propres et ce, tout, en respectant aussi ceux qui nous entourent. Être assertif, c’est poliment reconnaître son droit d’exister, et son droit au respect de son intégrité, sans peur ni culpabilité. » Jacques Charest

C’est très important de ne pas confondre non violence et fuite du conflit. Il ne faut pas réduire ce concept au pacifisme ou à des techniques de « développement » personnel. La « non violence active » ou « l’assertivité » permettent de s’affirmer et de défendre ses idées mais en l’assumant sans violence et dans le respect des autres et de soi.

« La violence est le dernier refuge de l’incompétence » Isaac Asimov

D’un point de vue social, la non violence active s’exprime par la reconstruction de lien social. Et notre quotidien regorge d’occasion de reconstruire des relations interpersonnelles, en agissant sur les conflits qui déshumanisent la vie dans notre quartier, notre village, notre travail, nos activités,…Nul besoin d’être dans un pays en guerre, ou sous un régime d’apartheid pour agir et dépasser la violence qui est en chacun de nous. Nul besoin d’attendre non plus que la violence disparaisse à travers les seules actions politiques, sociales ou culturelles. Il me semble important d’être cohérent avec nos aspirations, avec notre esprit. Savoir ce que l’on veut vivre et donner au monde. Ce n’est pas chose aisée mais des techniques, comme la méditation, peuvent y contribuer. Développer un esprit en cohérence avec nos actions aide à dépasser la violence.

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Nous pouvons influencer la marche du monde, si en nous mêmes, nous ne sommes pas violents. Si nous nous disons que nous n’y pouvons rien, nous acceptons le désordre comme quelque chose d’inévitable. Au contraire, en menant une vie non compétitive, en étant moins égocentriques, nous pouvons provoquer des changements considérables dans nos rapports extérieurs et dans notre façon de penser et d’agir. Ce sont nos jugements, nos nationalismes, nos haines, nos avidités, nos envies de « plus » qui créent le chaos actuel.

Je finirais en citant le penseur Jiddu Krishnamurti, « Des petits feux peuvent devenir un brasier« .

 Baptiste S.