Pourquoi le capitalisme est un totalitarisme?

Cette émission à grandement contribué à ma compréhension du monde qui nous entoure et bien qu’il faille lutter pour tout saisir, je vous invite vivement à la regarder! Ci dessous un résumé de ce que j’ai pu en retirer.

Frédéric Lordon est économiste. Il est directeur de recherche au CNRS et chercheur au Centre de sociologie européenne. Il est également membre des économistes atterrés et publie régulièrement des articles dans les colonnes du Monde Diplomatique.

Il présente dans cette émission un de ces derniers  livre intitulé « Capitalisme, désir et servitude – Marx et Spinoza« . Son éloquence remarquable est essentiel  quand il s’agit d’aborder des sujets complexe comme les rouages du système capitaliste ou la notion de libre arbitre. Même si par moment on peut parfois se sentir noyé par les multiples concepts et sujets abordés.

Dans ce livre, il présente et dénonce les rapports de domination dans la société capitaliste. L’enjeu principal est le dépassement du capitalisme et ce livre vise non pas à proposer un nouveau modèle « clé en main » mais évoque plutôt les obstacles qui font barrages à l’apparition d’une société plus humaine. Dans cette analyse, faire appel à Marx parait assez logique, même si il évoque ouvertement les limites du marxisme et la lutte des classes. Mais la nouveauté ici est d’évoquer Spinoza et d’utiliser des concepts philosophique dans l’analyse de notre système économique. C’est au premier abord déroutant mais quand on suit le fil directeur de sa pensée, le fait de compléter Marx par Spinoza me parait pertinent.

Dans la première partie de cet entretien, l’échange tourne principalement autour de la manière dont s’est construit ce livre. C’est un ouvrage universitaire, destiné à des universitaires et donc relativement difficile d’accès mais Frédéric Lordon assume et justifie de manière brillante l’aspect aride de cette lecture. On comprend mieux les différentes étapes et les enjeux qui entourent la recherche universitaire. La neutralité et la soi disant objectivité des sciences économiques est également remis en cause. Selon Frédéric Lordon, les sciences sociales dans leur ensemble partent de présupposés qui ont d’emblée un caractère politique et engagé.

Ce n’est qu’a partir de la 30′ min qu’on entre dans le cœur du sujet.

« Le désir est l’essence de l’homme » – Spinoza. Nous sommes selon ce dernier, soumis à nos passions, à nos désirs, à nos craintes – C’est la servitude passionnelle. Pour lui, il n’y a pas de libre arbitre. Si l’on part de cette hypothèse, il faut revoir notre manière de penser en profondeur car la croyance dans le libre arbitre est à la base de notre société. C’est une certitude fondamentale de notre société individualiste. »Les hommes se trompent en ce qu’ils se croient libres, cette opinion consiste en cela seul qu’ils sont conscients de leurs désirs, et ignorants des causes qui les déterminent. » – Spinoza

Or selon Lordon, le projet néolibéral joue sur ces désirs, ces craintes et ambitionnent que nos désirs les plus intimes rejoignent le désir maître. Il a pour but de faire en sorte que nos désirs deviennent conformes aux désirs du Capital. Et lorsque l’imaginaire collectif est fabriqué de façon consciente par certains groupes dans le sens de leurs intérêts, de leurs désir cela peut devenir très dangereux. Le capitalisme justement à un caractère totalitaire car il à cette intention là, de remodeler nos imaginaires, nos désirs et nos affects. Le capitalisme est un totalitarisme car c’est une entreprise de subordination des âmes qui vient nous chercher jusque dans notre for intérieur. Le salarié doit aujourd’hui s’investir « corps et âmes » dans son entreprise et progressivement il y’a alignement de ses désir sur le désir maître.  Le capitalisme vise à fabriquer des hommes désirant produire, content de produire, heureux de son sort salarial. Et si le mécontentement est le moteur de l’histoire, faire de nous des salariés satisfaits de notre sort et de notre asservissement est le meilleur moyen de maintenir ce système en place.

Le rapport salarial est un rapport d’enrôlement et la première cause de l’alignement du désir des salariés sur le désir capitaliste est la nécessité de se nourrir, se loger, se vêtir. L’argent dans notre système est nécessaire pour combler ces besoins de base et c’est l’employeur, et au dessus de lui les banques, qui la fournit pour une majorité de personne. Cet alignement pour continuer d’être accepté doit engendrer des affects joyeux, et c’est passé dans un premier temps par la consommation de masse. Aujourd’hui, Le néolibéralisme à réenchanter le travail en affects joyeux, en développant chez les salariés l’amour de la situation de travail, il est nécessaire de se réaliser au travail. Cela peut être positif au premier abord mais il est aussi possible que nous devenions anesthésié dans le salariat « content » et qu’il n’y est pas de lutte pour aller à l’encontre du désir maître. L’aliénation persiste dans le sens ou il y’a réduction de notre puissance d’agir et de notre désir.

« Mais si nous sommes aliénés dans tous nos faits et gestes, il y’a une différence fondamentale qui se situe dans le sens ou certaines aliénations engendrent des affects tristes et d’autres joyeux. Il y’a des engagements joyeux et des engagements tristes, ce qui fait comme même d’énormes différences! L’idée est que nos asservissements, bien qu’on ne puisse s’y soustraire, nous rendent moins triste ».

L’Humanité est mu par ses passions, ses désirs. Or, le désir est par nature violent mais il y’a différent type de violence et la Politique et les utopies sont là pour penser la violence et ses mises en formes les plus vivables à travers le vivre ensemble. « Nous ne sommes pas égaux de nature (puissance d’agir, besoin de reconnaissance,…) donc il n’y aura jamais d’égalité dans la société, mais on peut tout de même viser une égalité politique qui réside dans l’égale participation des Hommes à la vie publique ».

La conclusion de son analyse est que « si l’idée de progrès à un sens, il ne peut être que l’enrichissement de la vie en affects joyeux […] et les conduisent à s’orienter vers le vrai bien: une vie humaine! »