La démocratie: Pour le meilleur et pour le pire!

Sommes nous vraiment en démocratie? La question me semble de plus en plus légitime au vu des taux d’abstentions en constante augmentation depuis les années 1980, exception faite de l’élection présidentielle, et du sentiment général d’impuissance de  la population envers l’oligarchie politique. De plus en plus de citoyens ne se ressentent plus comme la source ultime des décisions politiques, comme le veut l’idée même de démocratie.

La crise de confiance dans le personnel politique s’accentue, et plus grave encore, dans la politique elle même. L’application de la Constitution Européenne, sous la forme du Traité de Lisbonne, malgré le refus des citoyens Français et Néerlandais n’est qu’un triste exemple du déni de démocratie actuelle.

Dans la vidéo ci dessous, Francis Dupuis Déry, professeur de sciences politiques à l’Université du Québec à Montréal, revient sur l’histoire de la démocratie. Il nous rappelle que les fondateurs de la démocratie moderne étaient anti-démocrates ou encore que les démocrates, au 18e siècle, étaient ceux qui voulaient des transformations radicales au niveau politique et économique, ils étaient vu comme des utopistes. Pourquoi désormais, y’a t’il un consensus de toutes les formations politiques pour se déclarer démocrates? Il revient également sur le fait que les élections sont historiquement aristocratiques et donc oligarchiques. Enfin, il lance un pavé dans la mare en estimant que le système était plus « démocratique » au Moyen-Age en France que dans nos sociétés modernes! 

Il semble aussi important de rappeler que la démocratie est un idéal, impossible à atteindre et qui prend des formes variées dans l’espace et le temps (Burgeau, 1997). Bien que la démocratisation du monde semble être l’un des faits majeurs du 20e siècle et un progrès indéniable pour de nombreux peuples, aujourd’hui la démocratie représentative est malade. Il y a le sentiment d’un fossé qui se creuse entre les décisions prises par les politiques élues et les besoins et désirs des citoyens.

Pour certains auteurs (Tocqueville, Rousseau), une véritable vie démocratique ne peut se développer dans une société inégalitaire. C’est pourquoi la montée des inégalités actuelles remet en cause, selon certains, le modèle démocratique. L’accord tacite, en France, selon lequel la collectivité doit assurer une redistribution des richesses équitable me semble perdre de sa vigueur. Ce fait est également rappelé par E. Todd « l’égalité, est une valeur structurelle et un des fondements de la démocratie en France mais l’égalitarisme Français tend aujourd’hui à disparaître »

Par ailleurs, il est essentiel de rappeler que les démocraties sont basées sur des Constitutions. Elles définissent le cadre général d’organisation de l’État, réglent les rapports entre les différents pouvoirs et garantit le respect des droits fondamentaux des personnes. C’est la norme juridique la plus élevée. Or, il y a d’une manière générale, un désintérêt de savoir qui écrit les Constitutions et qui les contrôlent. Or notre impuissance devant les maux de nos sociétés contemporaines trouvent peut être ses racines ici mêmes. En effet ce sont les hommes de pouvoirs, les professionnels de la politique qui écrivent ces textes qui en théorie, devrait protéger le simple citoyen des éventuelles abus de pouvoir de ces derniers. 

« La démocratie, ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité. » Albert Camus

Pour reprendre le contrôle des décisions politiques et remonter à la cause de notre impuissance, certains chercheurs proposent des solutions radicales mais qui me paraissent digne d’intérêts. Par exemple, le tirage au sort pour élire une assemblée constituante est une idée développée par des auteurs comme Etienne Chouard, enseignant en économie et droit. Il estime que cette méthode permettrait de redonner le pouvoir aux citoyens car « nos représentants resteraient nos serviteurs et ne pourraient pas devenir nos maitres« . La diffusion de cette idée, est peut être nécessaire pour faire germer une nouvelle utopie politique. 

Par ailleurs, selon ce dernier, il faudrait « développer la culture du contrôle des pouvoirs ». Les élus ne sont pas à blâmer, ils sont élus grâce aux multinationales, aux médias et vont logiquement dans leurs intérêts lors de leur mandat. L’élection et la campagne qui la précède coûtent toujours plus cher et donc portent en elle la corruption. Les intérêts corporatiste/particuliers sont toujours plus prédominants sur l’intérêt général ce qui ne facilite pas un renouvellement de la démocratie. Dans un premiers temps, c‘est à nous simple citoyen, d’imposer des limites. Puis ensuite, de concevoir une nouvelle architecture de la société démocratique. Pour cela il faut que nous soyons former, éduquer…à travers l’éducation populaire par exemple. Malheureusement, avoir du temps libre pour parler de politique est devenu un luxe alors que c’est à la base de la liberté.

Notre système démocratique actuel n’est pas immuable, la volonté du plus grand nombre peut le faire évoluer. Il me semble que la naissance d’un nouveau métissage entre démocratie représentative et démocratie directe appuyée par le tirage au sort peut être une voie intéressante.

Démocratie

PS: Pour plus d’information concernant le tirage au sort, un bel article diffusé sur Slate.fr explore plus en profondeur cette procédure: http://www.slate.fr/story/57301/tirage-sort-elus-assemblee

Publicités