Habiter le monde avec légéreté

« Je suis ronde et légère, je suis belle et modeste, je suis simple et éternelle. J’ai traversé les millénaires en restant moi même sans fléchir, solide, souple, serviable. Je sais rassembler, rassurer, protéger.

Je suis facile à vivre, facile à emmener, à déplacer, à déployer, à installer, facile à fonctionner, à remballer, à réparer.

J’ai été trouvé parfaite loin dans les âges, comme une étoile à laquelle il n’y a rien à ajouter. La lumière me traverse et je la distribue tranquillement aux âmes.

En moi les riches s’humilient, les pauvres se magnifient, les forts s’abaissent et les faibles s’élèvent, les petits se révèlent et les grands se penchent.

Ronde et légère, belle et modeste, simple et éternelle, je suis le mandala élémentaire, l’abri universel. À l’habitat ce qu’un haïku est à la poésie, sur le chemin de la vie, je suis…la Yourte! »  

Sylvie Barbe, pionnière de la vie en yourte en France

Nous voulons tous laisser une empreinte de notre passage sur Terre…et pourtant aujourd’hui il me semble beaucoup plus sage et noble d’aspirer à ne laisser que peu d’empreinte dans le paysage, voir aucune.

La trace de l’Homme sur la planète Terre, n’est pas nouvelle mais s’est aggravée considérablement depuis la révolution industrielle. Nos modes de vie occidentaux en sont responsables à commencer par nos logements très énergivores à construire puis à vivre (chauffage et climatisation). En France, les bâtiments résidentiels et tertiaires produisent 24% des émissions de CO2 et consomment 44% de l’énergie utilisée. Et pourtant des alternatives sont là, elles n’attendent que nous et un peu d’audace. Il est possible d’être heureux dans une « petite » maison confortable, chaude et écologique sans passer sa vie à la payer et sans utiliser une énorme quantité de matériaux consommateurs d’énergie et polluants (en savoir plus ici ou ici). Cependant, cela demande bien souvent d’en passer par de l’auto-construction ou de l’auto-réhabilitation ce qui implique d’avoir du temps et un minimum de compétence, ce qui n’est pas si évident! 😉

Mais comme vous l’avez compris dans cet article je souhaite évoquer la yourte. Patrimoine sacré de l’humanité, elle articule tradition et modernité, artisanat et technologies pionnières des énergies renouvelables, relocalisation des activités et réduction des pollutions à la source. Sa simplicité d’usage, son côté chaleureux et convivial m’ont tout de suite attiré. Et puis habiter en yourte, c’est accessible financièrement, c’est être en cohérence avec mes idées, se rapprocher de la nature et de valeurs simples. La maison reflète la personnalité de celui qui y vit.

Et pourtant en Occident, elle est majoritairement perçue comme une tente exotique et sympa pour y passer le weekend. J’invite d’ailleurs tout le monde à découvrir, même pour une seule nuit, l’ambiance chaleureuse qui se dégage de ce logement. En revanche les quelques « hippies » et « va nu pieds » qui souhaitent s’y installer à l’année sont vilipendés et pourchassés car ils ne rentrent pas dans les cases de l’administration. Il y a encore aujourd’hui en France un flou juridique sur l’installation des yourtes pour y vivre à l’année. Dans un pays riche comme le notre, désirer vivre simplement est difficile, on doit consommer plus pour alimenter les actionnaires du système.

« La plupart des luxes et presque tout ce qu’on appelle confort sont non seulement des choses superflues, mais d’authentiques obstacles à l’élévation de l’humanité. » Henry David Thoreau

Cependant, par nécessité ou par choix de plus en plus de personnes s’installent à demeure dans des habitats alternatifs, légers ou mobiles. Ils sont peut être les précurseurs de la société post-industrielle, ils inaugurent dans nos campagnes qui se dépeuplent un style de vie sobre, cohérent, autonome qui est amené à se développer. Bien souvent la yourte est un habitat transitoire, on n’y reste pas toute sa vie. Elle est pratique pour y vivre en attendant de rénover une maison en dur par exemple, la plupart des jeunes couples rencontrés sont dans ce schéma.

De nombreux clichés peuvent nous venir en tête quand on pense aux yourtes. Par exemple, c’est trop petit, ce n’est pas confortable, on doit avoir froid en hiver, c’est pour les marginaux, ce n’est pas solide,…mais si l’on s’y intéresse de plus près, on se rend compte que la yourte est un habitat hyper modulable qui peut s’adapter aux envies et besoins les plus variés. C’est vrai aussi bien pour le mode de chauffage, que pour la superficie, la luminosité ou encore la connexion ou non aux réseaux. Des constructeurs ont adapté les yourtes traditionnelles à l’usage, à la situation géographique et aux goûts des Européens pour obtenir des habitats écologiques, très confortables, lumineux, spacieux et solides appelés yourtes « contemporaines ». Cependant, il est important de prendre en compte certains paramètres spécifiques à la yourte (faible isolation phonique et faible inertie thermique). Appliquer les principes du bioclimatisme (choix de l’emplacement, orientation, isolation, récupération de l’eau…) apparaît fondamental pour installer sa yourte et éviter les désagréments. 

À mes yeux, la yourte est un symbole d’émancipation vers une autre société en opposition complète à l’aberration du système productiviste et consumériste. Elle interroge notre rapport à l’accumulation, à l’artificialisation des terres. Elle permet pour ceux qui le désirent d’équilibrer savoir coutumier et modernité, bon sens et audace, rêve et réalité!

Dans un contexte ou le nombre de précaire augmente régulièrement, la yourte, abordable économiquement, soit par auto construction, soit par achat à des entreprises locales, est une solution de réhabilitation de la dignité humaine, en même temps qu’un outil de responsabilisation, d’acquisition de compétence et de guérison personnelle et collective. Ces nouvelles façons d’habiter sont liées à la volonté de se loger modestement et s’accompagne bien souvent d’un désir de se nourrir sainement, de développer un mode de vie non prédateur, respectueux de l’humain, des écosystèmes et de la biosphère.

« Vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre » Gandhi

Les yourtes offrent une réponse sociale, écologique, économique et immobilière, à la crise systémique dans laquelle nous sommes. C’est une réponse cohérente avec l’état du monde, et capable de satisfaire harmonieusement les droits fondamentaux de toute forme de vie.

Alors bien sûre l’idée n’est pas que tout le monde vivent en yourte, ni encore moins toute sa vie mais au moins de se questionner sur l’impact de nos logements et nos modes de vie. D’ailleurs, les alternatives au marché immobilier classique se multiplient et sont diverses, par exemple les éco-hameaux, les tiny houses, les maisons containers, les earthships, les cabanes en bois, la vie sur un voilier,…

Et si on se laissait emporter par un habitat réduit, plus léger, démontable? Dans ces logements on n’y accumule et n’y thésaurise rien, on ne leur consacre pas d’investissements importants, on se désencombre du superflu. Les peuples nomades disparaissent, mais leurs valeurs n’ont jamais été autant en vogue. La quête de la simplicité volontaire est un chemin escarpé, parfois inconfortable mais accessible par toutes les bonnes volontés à partir du moment où l’on s’accepte en tant qu’être humain avec ses contradictions, ses incohérences et dans toute sa complexité.

Nous recherchons tous la prospérité mais on l’a trop souvent confondu avec la richesse matérielle. Et paradoxalement, la sobriété qu’impose la yourte semble être une des sources d’une authentique prospérité car c’est un choix salutaire de se débarrasser de l’excessif, de se désencombrer l’esprit, de se recentrer sur ce qui fonde notre humanité!
Pour vivre heureux, vivons léger!
Voilà y’a plus qu’à passer à l’acte et à expérimenter…bilan dans dans quelques mois pour voir si mon enthousiasme n’est pas trop entamé! 😉
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