Changer l’école pour libérer nos enfants

Suite et fin de mon article sur l’éducation. Après avoir évoqué la question éducative lors des premiers mois de l’enfance et hors cadre scolaire, je souhaite aborder dans cette seconde partie « l’école et ses enjeux ».

Sujet clivant, glissant mais captivant. Je ne souhaite pas écrire un énième article à charge contre l’école et ses éducateurs, en effet je ne souhaite pas perdre de nombreux amis et connaissances! 🙂 Mon objectif est de mettre en lumière les limites du cadre scolaire classique mais surtout d’évoquer les pistes et alternatives qui existent déjà dans le domaine. Comme bien souvent, elles n’attendent que volonté, courage politique et un sursaut citoyen pour être mises en oeuvre à grande échelle.

Tout d’abord, il me semble important de souligner que nous avons un travail à faire sur nous en tant que parents et citoyens pour questionner le modèle éducatif  et le modèle de société que nous souhaitons offrir à nos enfants. Pour transformer l’institution scolaire, nous devons en parallèle transformer nos esprits. Déconditionnement et remise en question personnel sont des passages obligés. Par exemple dans nos échanges avec les enfants on peut s’interroger sur nos intentions quand je lui dis cela ou que je fais cela, on va explorer ce qui nous anime…Ce questionnement va nous faire rentrer dans une relation avec l’autre plus respectueuse, empathique, amicale. On connait également l’importance de faire confiance à l’enfant dans ses propres ressources, ses capacités, ses rêves mais cela ne peut se faire qu’en se faisant soi même confiance. C’est loin d’être évident pour tout le monde mais on ne peut pas donner à l’autre ce que l’on ne peut pas se donner à soi même.

« On ne peut enseigner que ce que l’on est » Jean Jaurès

Une fois ce travail sur nous même accepté et entamé, posons nous les questions suivantes: Quelles sont les conditions favorables au développement de l’enfant, quel environnement est le plus adapté, quelles sont les valeurs fondamentales que nous voulons faire germer chez eux, de quoi ont ils besoin pour grandir dans un monde changeant et devenir des citoyens confiants et conscients?

Commençons par regarder les besoins de l’enfant au delà des besoins des adultes. Rien que d’un point de vue de l’environnement physique, il est évident que le regroupement des enfants par âge, pour ne pas dire « date de fabrication », dans une position assise entre 4 murs pendant 5 à 7h ne répond en rien à leurs besoins. Les enfants ont un rythme chronobiologique propre à chacun, certains sont du matin, d’autres du soir, tout les enfants n’ont pas envie de faire la sieste à une heure précise, ou écouter le même adulte toute la journée.

Voici un aperçu d’école maternelle qui prend en compte ses différents critères.

Par ailleurs, nous avons la croyance que l’instituteur/professeur produit de l’apprentissage par son enseignement mais l’enfant apprend par lui même. Le monde animal et végétal nous l’apprend. L’apprentissage se fait à travers tout ce que l’on vit, apprendre est un phénomène inhérent, secondaire au fait de vivre. Par ailleurs, on apprend aussi bien avec son corps qu’avec sa tête d’où l’importance des activités manuelles et en extérieur. Le pédagogue Thierry Pardo prend l’exemple du voyage pour illustrer ce point. Pour découvrir et en apprendre plus sur la région où l’on se trouve, on va se balader, se perdre, vivre des événements physiquement, on ne reste pas enfermé dans une salle à regarder des powerpoint ou des vidéos, ce serait terrible. Et pourtant c’est ce que l’on nous inflige pendant toute notre scolarité.

Sophie Rabhi ne dit pas autre chose: “La curiosité est naturelle et si elle n’a pas été malmenée par une injonction d’apprendre, si elle est encore pleine et entière, elle fonctionne parfaitement bien. Les enfants qui se détournent de l’apprentissage,  sont le plus souvent des enfants qui ont vécu tout un système de pressions de l’apprentissage et fermer des connexions essentielles de la curiosité, de l’enthousiasme et de la liberté.”

A l’école, les enfants ne choisissent rien, on pense à leur place sur quoi faire et quoi apprendre mais on nous dit qu’on va en faire des adultes libres et autonomes! Apprendre de façon naturelle et spontanée est impossible, tout est pensé dans un cadre pédagogique, l’activité d’apprentissage, même quand elle est enrobée sous forme de jeux, est cadrée. Par ailleurs, si il est aujourd’hui démontré qu’il n’existe pas de différence entre jouer et apprendre, (tous les mammifères répondent à ce schéma) le jeu ne doit pas devenir un outil pédagogique. C’est parce qu’on joue de façon libre et spontanée, en créant ses propres règles,…qu’on apprend, qu’on enracine l’apprentissage.

En matière d’innovation, l’école du XXIe siècle s’appuie sur la théorie des intelligences multiples et ses applications pédagogiques.

Cette théorie facilite l’acte d’enseigner en permettant concrètement la prise en compte de la diversité des élèves et facilite également l’acte d’apprendre en donnant aux élèves des clés pour comprendre leur propre fonctionnement et ainsi avoir confiance en leurs compétences respectives. 

Ce point nous entraîne sur la question de la formation des enseignants. Il est largement admis que nos éducateurs sont très bien formés et préparés sur les programmes scolaires. En revanche, on peut se poser la question de la formation en matière de pédagogie, de transmission des savoirs et de développement de l’enfant. Par exemple  les phénomènes de l’illusion d’incompétence ou d’impuissance apprise me semble peu ou mal connus et pourtant elles font des dégâts considérables chez nombre d’élèves. Boris Cyrulnik insiste également sur la formation: « Il faut former les profs, mais aussi les agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (Atsem) et les familles aux théories de l’attachement. Il faut leur expliquer comment parler et interagir avec de jeunes enfants, comment leur donner confiance en eux… ».

On peut également citer la C.N.V qui pourrait faire partie de la boite à outil de chaque enseignant et « s’ouvrir à l’idée que le monde de l’éducation peut avoir besoin d’empathie pour soutenir les défis d’une école sereine et prévenir la production des violences (institutionnelles et l’insécurité sociale des familles qui rejaillit sur les enfants, etc.), voici autant de raisons de décrire la CNV comme un soutien à la parentalité et et à une éducation émancipatrice. » Geneviève Bouchez Wilson

Il est nécessaire de garder en tête les besoins de l’enfant qui, selon Thierry Pardo, sont: 

  • Besoin de temps et d’espace libre pour que l’enfant puisse les aménager et les investir pour développer les compétences et l’apprentissage. Si ce n’est pas le cas on est dans un cadre conditionné qui ne respecte pas son rythme. Aussi, donner de notre temps à nos enfants est certainement le plus beau cadeau.
  • Besoin de bienveillance, d’amour personnalisé – l’école et l’éducateur ne peuvent pas en fournir à chacun et ce n’est pas leur rôle principal. C’est le rôle des parents et de l’entourage proche.
  • Besoin d’interaction féconde – L’enfant doit pouvoir interagir avec des personnes de toutes conditions, de tous âges,…sans aucune forme de préjugé.

Le voyage permet de remplir tout ces points, ces besoins. Cela fait maturer nos enfants sans les formater. (Lire à ce sujet: « La pédagogie de l’ailleurs » – Thierry Pardo). Et ce n’est pas nécessaire de partir à l’autre bout du monde, c’est simplement quitter le cadre habituel, le cadre familial pour attiser la curiosité et faire face à l’altérité. A ce titre les voyages scolaires sont très important, en particulier quand les jeunes participent à son organisation. Ce type d’expérience favorise la coopération, la vie en communauté, l’autonomie, l’adaptation,…

De toute évidence, le système éducatif classique s’accroche à un modèle qui ne fonctionne pas ou plutôt qui fonctionne très bien pour perpétuer les inégalités sociales. Inconsciemment, les instituteurs, les professeurs fabriquent de la hiérarchie (voir la constante macabre). L‘évaluation dès le plus jeune âge et la pression de la réussite qu’on transmet plus ou moins consciemment aux jeunes est anxiogène. C’est particulièrement vrai en France où l’échec est jugé sévèrement. L’évaluation individuelle avec des notes est à bannir sans hésitation car c’est une forme de maltraitance. Les pays d’Europe du nord l’ont compris depuis longtemps. 

Il est temps de se questionner pour savoir si l’on accepte que l’école fabrique des producteurs/consommateurs, adaptés et adaptables au marché du travail, être une filiale de Pôle emploi en somme. Ou alors si l’on souhaite que l’école favorise l’esprit critique, le vivre ensemble, la connaissance de soi, les valeurs d’entraide et d’empathie.

Des solutions simples et peu coûteuses existent. Notre société a besoin que l’école publique s’inspire davantage des pédagogies alternatives (Montessori, Freinet, école démocratique, Waldorf, école du 3e type de Bernard Collot,…) et s’appuie sur les exemples qui montrent de bons résultats (par exemple, Céline Alvarez et son expérience en ZEP ou la méthode de Singapour pour l’apprentissage des Maths). Il existe au sein même de l’éducation nationale le réseau FESPI (Fédération des établissements scolaires publics innovants) alors pourquoi ne pas développer tout ça à une plus grande échelle?

L’école classique pourrait également s’inspirer des Maisons familiales et rurales, établissements qui ont pour objectifs la formation et l’éducation des jeunes et des adultes, ainsi que leur insertion sociale et professionnelle depuis 70 ans. Leur approche pédagogique basée sur l’engagement des parents, le travail d’équipe, la responsabilisation progressive, des projets de vie,…me semble très intéressante mais trop méconnue.

Aujourd’hui, l‘apprentissage et la pratique de ces pédagogies alternatives relèvent d’un choix personnel de la part de chaque enseignant. Allons plus loin, les pédagogies nouvelles ont fait leur preuves donc dépassons le stade de l’initiative individuelle pour aller vers un apprentissage systématique de ces pédagogies dans les écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ex: IUFM). Dans le cas contraire, une éducation à deux vitesses va se renforcer avec du « privé innovant » et adapté aux besoins des enfants mais réservée à une élite qui a les moyens et la grande masse dans le public avec un modèle aliénant qui formate et étouffe le génie qui sommeille en chacun de nous.

Le mal être des élèves mais également des enseignants s’explique par une non adaptation de l’école aux véritables enjeux de notre temps, un changement de paradigme semble évident.

« Les enfants font face à des mutations considérables telles que l’aggravation des taux de chômage, la fin de l’énergie peu chère, la précarité (voire l’absence) des aides sociales et des retraites, la destruction massive des terres agricoles et des écosystèmes naturels, etc. Pour anticiper sur ces problématiques et offrir de la sécurité aux enfants, il est primordial de leur permettre d’accéder à des compétences qui permettent l’autonomie. L’agro-écologie, la valorisation des ressources naturelles, l’artisanat et le travail manuel, l’acquisition de compétences pratiques et techniques visant l’économie des ressources matérielles et énergétiques, « la sobriété heureuse », sont autant de connaissances et savoir-faire essentiels à son éveil et à l’adulte qu’il sera demain, et complémentaires au programme classique. » Mouvement Colibris

En conclusion, il faut se rappeler de notre pouvoir. Il est possible de contribuer à notre niveau avec les enfants et les jeunes que l’on côtoie à ce renouveau éducatif. Il est bien sur possible de choisir d’envoyer ses enfants dans une école dites « alternatives ». Il en existe près de 700 en France mais ces petites bulles d’éducation privées et payantes sont accessibles à une petite fraction aisée de la population. A mon sens l’enjeu en tant que citoyen est de crier haut et fort qu’on ne veut plus de ce modèle et soutenir les éducateurs déjà engagés dans cette transition pour généraliser ces nouvelles pratiques éducatives au sein de l’éducation nationale. Le renouveau de l’éducation publique est un enjeu politique donc de notre ressort à tous.

Alors la prochaine fois qu’on parlera avec un jeune, plutôt que de lui demander si il a des bonnes notes à l’école et quel métier il aimerait faire. Demandons lui plutôt, quel homme/femme voudrait tu être, qu’est ce qui t’inspire, quels valeurs te tiennent le plus à coeur? Questions plus complexes mais plus riches qui ouvrent d’autres perspectives.

PS: Pour ceux qui souhaitent creuser le sujet, je vous invite à regarder l’animation de Ken Robinson « Changer l’éducation » qui résume pourquoi le modèle de l’Education est complètement dépassé et pourquoi nous devons absolument changer ces vieux paradigmes.

Baptiste S.

 

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