Revenu de base inconditionnel – Utopie d’hier et pragmatisme d’aujourd’hui?

Nous vivons une époque à la fois angoissante et fabuleuse car nous sommes en train de vivre le crépuscule d’un monde. Il semble que le système économique occidental, qui a colonisé l’ensemble de la planète soit à bout de souffle et surtout ne soit plus au service des hommes qui l’alimentent au quotidien.

La crise Grecque n’est que le symptôme le plus avancé d’un système en pleine déliquescence. Les constats et les chiffres « alarmant » concernant le taux de chômage, la dette, la croissance,…s’accumulent. Même le fameux modèle Allemand que tout le monde devrait appliquer, ce que les fonctionnaires et l’élite néolibérale Européenne tente de faire par tous les moyens, est sous le feu des critiques.

Mais le plus étonnant, c’est l’incapacité de nos responsables à réviser les traités et les politiques qui nous ont amenés à cette situation. Ils souhaitent nous faire croire qu’il n’y a aucune alternative, qu’il faut se serrer la ceinture en temps de crise…et les grands médias sont les dociles haut parleurs de cette vision du monde et de l’économie.

Le tableau et l’avenir semble bien sombre si l’on se contente des outils et solutions « traditionnelles ». Et il ne faut pas se voiler la face, la frustration et le désarroi engendrés par les politiques d’austérité menés actuellement en Europe ne peuvent mener qu’à la violence. Mais en ces temps de débats aseptisés, une idée ancienne revient à la surface et elle pourrait bien être l’étincelle qui nous fait basculer vers d’autres possibles.

La crise structurelle que nous vivons pourrait bien être un terreau fécond pour l’émergence d’un revenu de base inconditionnel ! Mais qu’est ce que c’est que cette idée indécente par les temps qui courent? En effet, l’idée qu’on doit travailler et gagner de l’argent pour (sur)vivre est tellement bien ancré dans notre système de pensée qu’il est inimaginable de faire autrement. « Nous sommes encore persuadés de devoir arracher à une nature aride et ingrate les moyens de notre subsistance individuelle ; or la réalité est bien différente. » Mona Chollet

Garantir un travail à chacun est aujourd’hui complètement illusoire (voir article sur le travail). Miser sur la croissance pour y parvenir est un leurre, je pense qu’il est nécessaire de revoir totalement notre manière de penser en distinguant revenu et travail.

Le revenu de base inconditionnel consiste à verser à chacun une somme mensuelle suffisante pour lui permettre de vivre dignement, indépendamment de ses activités rémunérées.

« Il devrait être versé à chaque individu, de la naissance à la mort et non à chaque foyer ; aucune condition ni contrepartie ne serait exigée ; et il serait cumulable avec les revenus d’un travail.

Ainsi, chacun pourrait choisir ce qu’il souhaite faire de sa vie : soit continuer à travailler, soit conserver la jouissance de son temps en se contentant d’un niveau de consommation modeste, soit alterner. Les périodes hors emploi ne seraient plus suspectes, puisque le travail rémunéré cesserait d’être la seule forme reconnue d’activité. Ceux qui choisiraient de vivre du revenu garanti pourraient se consacrer pleinement à des tâches qui les passionnent et/ou qui leur semblent socialement utiles, seuls ou à plusieurs. » Mona Chollet – journaliste et essayiste

Tout d’abord, il est crucial de rappeler que nous sommes nombreux à toucher au cours de notre vie, des revenus qui ne sont pas directement le fruit d’un travail salarié (Bourses étudiantes, congés parentaux, pensions de retraite, allocations familiales, indemnités de chômage, régime français des intermittents du spectacle, minima sociaux).

Par ailleurs, il peut être utile de savoir que ce projet trouve des défenseurs aussi bien chez les ultra-libéraux, chez certains écologistes, des philosophes ou encore des économistes d’obédience radicalement opposés. Cela peut laisser perplexe et nous invite à se pencher sur les objectifs de chacun.

Pour certains, c’est une solution efficace pour supprimer les lourdeurs bureaucratique de l’Etat-Providence, pour d’autres c’est un moyen de dépasser le capitalisme et d’instaurer de nouveaux rapport sociaux. Une lecture purement politicienne de ce sujet n’a donc aucun sens, c’est avant tout une question citoyenne.

C’est une idée dont on parle encore trop peu, même si la Finlande et la Suisse commence à l’évoquer sérieusement. C’est déjà en place en Alaska et des expérimentations locales ont déjà vu le jour aux 4 coins du globe.

Un revenu de base – Pour quelles conséquences ?

Tout d’abord, la question du chômage, source d’inquiétude, et qui coûte très cher n’existerait plus. L’objectif du plein emploi n’aurait plus lieu d’être et les « cadeaux » aux entreprises (ex: allègement fiscaux) pour embaucher non plus.

Par ailleurs, ce dispositif très simple à administrer permettrait de réaliser des économies budgétaires importantes car il viendrait se substituer à toutes les dépenses sociales déjà existantes qui sont lourdes et peu efficaces.

Enfin, le fait de ne pas jouer sa survie face à l’employeur donne à l’employé une plus grande marge de négociation, notamment pour les activités pénibles. La souffrance physique et psychique lié au travail s’en trouve diminué, la consommation de médicaments également !

«  La satisfaction des besoins élémentaires assurée, chacun pourra se consacrer à une activité, à un travail librement choisi. Chacun pourra oser entreprendre, oser créer. Chacun pourra décider de se libérer d’un travail aliénant sans craindre de ne pas assurer le minimum pour les siens. Le partage des emplois sera à nouveau à l’ordre du jour, la relocalisation de l’économie sera viabilisée. La formation, le changement de métier, les ruptures dans une carrière professionnelle, l’intermittence,  pourront être envisagés plus sereinement. Enfin la modulation de ce revenu de base entre l’enfance et la jeunesse permettrait à chacun de construire son avenir en totale autonomie, indépendamment des origines sociales de chacun. » Guy Valette – animateur de l’association / Mouvement Français pour un revenu de base

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Malgré ces aspects séduisants, cette idée soumet nos conditionnements et nos idées reçues  à rude épreuve et le scepticisme n’est jamais très loin.

Une des craintes principales consiste à croire que plus personne ne voudra travailler. Hors des expérimentations et des études ont démontré une réduction du temps de travail d’environ 1 mois par an. Et un revenu de base n’est pas l’abondance. De nombreuses personnes souhaiteraient compléter cela en travaillant à plein temps ou à temps partiel (voir le film : http://www.youtube.com/watch?v=-cwdVDcm-Z0 ). Les employeurs devraient alors offrir des emplois et des conditions de travail réellement attrayants pour attirer du personnel. On ne travaillerait donc pas beaucoup moins mais certainement mieux, dans des activités à plus forte valeur ajouté ou qui ont plus de sens pour les individus.

Certes, on risque de voir des segments de la population perdre le contact avec le travail salarié de façon durable. Mais les diverses réformes des années récentes, consistant à accroître les incitations à travailler, n’ont pas eu d’effet très probant. Subordonner les allocations au travail conduit effectivement les pauvres à travailler, mais dans des emplois faiblement productifs, peu rémunérés, qui ne servent que rarement l‘intérêt général, qui apporte peu d’estime de soi et dont il est très difficile de sortir.

Autre point qui semble à 1ere vue être un frein, c’est le coût d’un tel système. Hors, nous avons vu qu’il permet des économies importantes car il remplace les dispositifs existants. C’est moins radical qu’il n’y parait car le système actuel coute déjà très cher. De nombreux économistes et partisans de cette idée ont évoqué des pistes crédibles pour financer un tel projet.

« L’argent est là, ce qu’il manque c’est la volonté politique » C’est à nous citoyens de faire bouger les lignes, le changement viendra de la société civile.

Par ailleurs, la plupart des militants s’entendent pour dire que ce revenu de base inconditionnel doit être mis en place au niveau Européen pour une mise en œuvre juste et efficace. Le revenu pourrait être calculé selon le pouvoir d’achat national. Sa mise en place serait un levier pour contrecarrer la crise sociale, le racisme, l’exode rural, l’entassement dans les villes, l’angoisse du lendemain et redonner espoir aux citoyens.

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Bien entendu, ce n’est pas une idée magique qui résoudrait tout du jour au lendemain. Des critiques pertinentes existent. Par exemple, ce système ne résout en rien le processus à la base des inégalités ; sauf peut être à lui adjoindre un plafonnement des salaires et une fiscalité réellement progressive. D’autres estiment qu’on ne peut avoir des droits sans des devoirs ce qui semble légitime mais le droit de vivre dignement est il droit comme un autre? Le montant de ce revenu est crucial car s’il doit être suffisant pour vivre de façon digne. La définition de ce « suffisant » reste sujet à débat.

En conclusion, il est important de rappeler que notre rapport au travail, à l’argent doit évoluer, la question du sens est fondamentale si l’on veut sortir de l’impasse actuelle. Notre modèle basé sur le couple effort (travail) / récompense (consommation) est voué à l’échec et engendre une frustration croissante. Le changement de société serait tout sauf facile : « J’espère bien que les gens auraient mal à la tête, et au cœur, et au ventre, que tout leur métabolisme serait dérangé, s’ils devaient réfléchir à ce qu’ils ont réellement envie de faire ! Comment pourrait-il en être autrement quand, pendant des années, on est allé au turbin sans se poser de questions ? Oliver Seeger – militant et ancien membre de Longo MaÏ

Bien qu’il soit difficile de sortir de décennies de formatage, ce n’est pas impossible. Nous devons tous réapprendre à vivre si l’on ne veut pas que les extrêmes politiques se renforcent en soufflant sur les braises d’un système à bout de souffle. De la compétition à un projet de société basé sur la coopération, le revenu de base peut nous aider à changer de modèle en libérant les ressources de chacun.

Pour faire avancer la réflexion et pour que la commission Européenne examine le sujet, vous pouvez signer ici : http://revenudebase.info/initiative-citoyenne-europeenne/

Baptiste S.

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