Quand le mouvement slow rencontre la pleine conscience!

A l’image du thème évoqué dans cet article, j’ai pris le temps pour le rédiger. A mes yeux, la tendance « slow » très en vogue actuellement, ne peut être séparé d’un autre concept qui se développe également, la pleine conscience.

Mon objectif est de mieux comprendre pourquoi et comment vivre de façon « slow » et en pleine conscience. C’est davantage qu’une mode, c’est à la fois une voie d’éveil, d’enrichissement personnel et une forme de résistance sociale. Nous verrons comment s’articule ces deux arts de vivre à la fois complémentaires et qui s’enrichissent mutuellement.

enthousiasme

Tout d’abord commençons par définir ces deux notions.

Le mouvement slow ne date pas d’hier. Les hippies des années 70 récusaient déjà le culte de la vitesse et de la consommation. Le terme « slow » comme emblème de la contre culture, voit le jour en Italie à la fin des années 1980 avec la « slow food ». En opposition à l’installation du 1er McDo à Rome, un groupe s’est constitué pour réhabiliter les plaisirs de la table, soutenir l’agriculture biologique et local. Aujourd’hui le terme s’est répandu à bien d’autres domaines (slow travel, slow management, slow city, slow sex,…).

L’idée qui sous tend ce mouvement est de réapprendre à prendre le temps de s’arrêter pour penser, pour retrouver de la qualité et du sens dans tout ce que l’on fait. Le but de la « slow life » est de permettre aux gens de se réapproprier le droit de choisir leur rythme de vie.  Opter pour la vitesse ou la lenteur de la réflexion, en toute conscience, sans être conditionné par les circonstances.

« La lenteur permet de considérer que tout est lié et de récupérer une vision globale de ce que seraient de meilleures entreprises, de meilleures villes, de meilleurs rapports humains ».

Carl Honoré, auteur du livre Eloge de la lenteur

L’idée de la pleine conscience est simple, c’est être plus présent à sa propre vie. Il ne s’agit en aucun cas de faire le vide dans sa tête ou rester en position du lotus à méditer pendant des heures ! C’est apprendre à être conscient de l’instant et de ses sensations, émotions. Ce n’est pas une absence de pensées mais la capacité à se positionner en observateur face à ce bavardage incessant de l’esprit. L’objectif est de s’accorder des moments à soi où l’on se reconnecte à son intériorité.

Mais comment fait-on concrètement ? Christophe André, médecin psychiatre à l’hôpital St Anne à Paris l’exprime clairement :

« Le principe est d’observer une pause avant d’enchaîner sur une nouvelle action. Un médecin peut, par exemple, prendre le temps de respirer entre deux consultations, de regarder le ciel, de laisser décanter ce qu’il vient de vivre avec son patient, de donner de l’espace à ce qui existe en lui. L’idée est de donner de la place à son ressenti. Si l’on prend l’habitude de faire ces pauses très régulièrement dans la journée, insensiblement, notre rythme va changer. »

Dans un 2e temps, on peut même agir en pleine conscience, en habitant ce que l’on fait. Faire la vaisselle ou une activité répétitive en pleine conscience c’est possible ! Quand on marche, on marche, quand on mange, on mange…

A travers ce bref rappel, on peut déjà constater les liens et interactions qui unissent ces 2 concepts. L’idée est de retrouver un équilibre entre l’être et le faire, entre la quantité et la qualité, entre la vitesse et la lenteur.

 « Le temps passe vite », combien de fois avons-nous entendu cette expression ? C’est symptomatique de notre époque et de notre rapport au temps. Hors, il est crucial de comprendre que le temps ne passe pas plus vite qu’avant, il n’accélère pas, c’est notre rapport à celui-ci qui évolue. On n’arrive pas à profiter tu temps que l’on gagne avec le progrès technique, c’est tout le paradoxe. La technologie qui devait nous apporter liberté et loisir est en fait à double tranchant comme l’explique le sociologue Hartmut Rosa :

« L’accélération technique devrait assurer à tous un quotidien paisible et nonchalant ; sauf que, si elle réduit bien la durée des processus, elle en multiplie aussi le nombre. Il est plus rapide d’écrire un message électronique qu’une lettre, mais on écrit beaucoup plus de messages électroniques qu’on n’écrivait de lettres ; la voiture permet d’aller plus vite, mais, comme elle suscite aussi un accroissement des déplacements, elle ne diminue pas le temps consacré au transport… L’explosion du nombre des sollicitations et des possibilités — consommation, industrie des loisirs, Internet, télévision… — oblige aussi à des arbitrages permanents et très chronophages. »

Et finalement, le veut-on vraiment ?

Il y a une certaine jubilation, un sentiment de puissance, à se dire qu’on peut faire mille choses à chaque instant. Certains vivent le ralentissement comme une perte. Et puis il y a le risque de se retrouver face à soi même, à ses peurs, ses difficultés, ce qui peut être angoissant et donc on préfère retourner dans la course… Enfin, selon la psychanalyse, la course contre la montre qui nous tient souvent lieu de mode de vie serait une défense inconsciente contre la mort, une tentative imaginaire de lui échapper.

« La tranquillité est la plus grande des révélations »

Lao Tseu

Les logiques de rentabilité et de compétitivité propre à l’activité économique, « La concurrence ne dort jamais », s’étendent désormais à tous les domaines de nos vies. Nos temps libres durement acquis doivent donc être rentables, mis à profit, gérés efficacement. Face à ce diktat de la vitesse, le mouvement « slow » permet de prendre conscience de l’importance des limites, aussi bien physiologique (plan personnel) qu’économique (plan sociétal).

Nous avons brouillé nos rythmes biologiques pour s’adapter au tempo de la vie moderne. Et c’est tout notre système immunitaire qui s’en trouve affecté, notre organisme ne peut pas suivre. Pour de plus en plus de chercheurs, cette « désynchronisation est mise en cause dans le développement de certaines pathologies – obésité, diabète, maladies mentales, cancer… ».

James H. Bendayan – chercheur en génomique médical, va même plus loin : « ces altérations épigénétiques [dues à l’impact de l’environnement sur les gènes,] sont probablement aussi transmises par la mère au foetus lorsque, enceinte, elle “sculpte” les cellules de sa progéniture. Héritant de ces désynchronisations, l’enfant sera, dans le futur, plus vulnérable ».

L’idéal est donc d’harmoniser son rythme social à son rythme biologique, pour la plupart d’entre nous il s’agit donc de décélérer en prenant le temps de se détendre, de bailler, de rêver, de rire, de flâner…On peut également trouver des conseils comme prendre le temps de se réveiller, rééquilibrer ses repas ou encore se coucher 2h après le soleil afin de respecter son horloge interne.

Pratiquer la pleine conscience, au même titre qu’une activité physique, est bon pour notre esprit, notre corps. C’est une manière de développer la bienveillance envers soi même. « Elle nous permet une forme d’écologie personnelle, une dépollution intérieure » C. André

Ceux qui la pratiquent modifient le fonctionnement et l’anatomie de leur cerveau (principe de neuroplasticité) au point d’améliorer leurs défenses immunitaires, la gestion de leurs émotions, leur bien être…La chimie neuronale confirme ce que les grandes sagesses  évoquent depuis plus de 2500 ans!

citation

Comme nous avons pu le constater, faire le choix de ne pas s’adapter ou à son rythme et se reconnecter à soi sont des sources de mieux être individuel, d’épanouissement personnel. Ce sont également des formes de résistance sociale, d’engagement politique qui permettent de reprendre en main notre destin collectif.

Je pars du postulat aujourd’hui largement reconnu que se changer soi même est un des préalables indispensables pour améliorer la société. C’est un changement crucial par rapport aux idéologies et philosophies révolutionnaires du XXe siècle qui souhaitaient tout changer (structures sociales, système économique,…) sans se poser la question de leurs propres conditionnements et peurs au niveau individuel. Et ce qui n’est pas réglé en nous finit toujours par se répercuter dans nos mots et dans nos actes malgré toute notre bonne volonté. N’oublions pas que « l’enfer est pavé de bonne intentions ». Nous avons trop souvent tendance à chercher des solutions à nos problèmes à l’extérieur alors qu’elles sont le plus souvent en nous.

« L’Homme mérite qu’il se soucie de lui-même car il porte dans son âme les germes de son devenir ».

Carl Gustav Jung

C’est aussi ce que Thomas d’Ansembourg appelle « l’intériorité citoyenne ». Selon lui, nous ne pouvons pas  créer de nouvelles façons d’être au monde sans apprendre à abandonner les anciennes façons de penser. Aujourd’hui, devant les défis que notre civilisation rencontre, notre développement personnel et spirituel profond est essentielle au développement d’une humanité apaisé et écologique. Je vous invite à regarder sa conférence très éclairante à ce sujet :

Vivre les choses en conscience permet de se déconditionner, de désobéir à son pilote automatique. Cheminer vers soi est peut être la meilleure résistance à l’uniformisation sociale, culturelle et économique. Cela permet de se réapproprier le monde, « son » monde. La question du Pourquoi retrouve toute sa place et sa légitimité. Pourquoi faire comme ci et pas comme ça ? Cela permet de prendre conscience également des conséquences de nos actes et de ce qui en nous, fait que nous participons aux désordres de notre époque. Slow et pleine conscience améliorent notre qualité de présence, nous mettent en lien plus intelligemment et paisiblement avec le monde.

Cette attitude intérieure va changer nos modes de vie : simplicité, partage, coopération plutôt que compétition. Cependant, pas de baguette magique, c’est un cheminement long et laborieux car nos conditionnements et nos peurs sont puissants. C’est l’expérience d’une vie.

« Slow life » et pratique de la pleine conscience concrétisent des réactions de bon sens et d’épicurisme devant le risque de déshumanisation. Leur ampleur va aller en grandissant, car chacun de nous y aspire ou le met déjà en pratique. Cela tient à une évidence : continuer à vivre aux rythmes actuels nous mène à des désastres collectifs et à un appauvrissement intérieur. Ce ne sont pas des méthodes miracles, ce sont des outils qui permettent de mieux comprendre qui nous sommes et le monde dans lequel nous vivons.

Et longue vie aux escargots !

Baptiste S.

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