Manifeste du réseau de résistance alternatif

A défaut de présenter un thème et des alternatives comme je le propose habituellement.  Je vous invite à découvrir le manifeste du réseau de résistance alternatif écrit à l’automne 1999.

Ce texte, composé de 19 points, est d’une grande richesse en matière d’analyse de la situation économique et sociale de ce début de 21e siècle. Il nous invite à comprendre nos aliénations et conditionnements que l’on a intégré le plus souvent inconsciemment pour mieux y résister et en sortir. Il est également très éclairant en ce qui concerne les alternatives et le champ des possibles qui s’ouvre à nous. Ce manifeste participe d’un mouvement de solidarité, de libération et offre, à mes yeux, les fondements théoriques et conceptuels d’autres mondes possible.  Seul bémol, l’absence d’ouverture sur les questions d’écologie. Depuis 1999 loin de se résorber, elles nous invitent chaque jour davantage, à changer radicalement de paradigme.

Je vous le présente ici de façon synthétique car le manifeste original est parfois indigeste du fait de sa longueur. Cependant,  je vous invite à parcourir le texte complet pour des analyses plus approfondis : http://malgretout.collectifs.net/spip.php?article4

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  1. Résister, c’est créer

La résistance à la logique néolibérale passe par la création, ici et maintenant, de liens et de formes alternatives. Cela passe par des collectifs, des individus qui, au travers de nouvelles hypothèses théoriques et des pratiques concrètes, sont à la hauteur des défis actuels.

  1. Résister à la tristesse

La tristesse sociale et individuelle, volontairement alimenté par nos élites, nous isole, nous replis sur nos intérêts égoïstes et nous convainc de l’absence d’alternative. Rompre l’isolement, créer des solidarités est le début d’un engagement qui ne fonctionne plus « contre » mais « pour » la vie, la joie, à travers la libération de la puissance qui nous habitent tous.

  1. La résistance c’est la multiplicité

La résistance doit être multiple, adaptable, modifiable dans l’espace et le temps, en fonction des individus qui la porte. Il est nécessaire de sortir de la structure globalisante, totalisante du capitalisme et retrouver la multiplicité de la vie, de l’imagination et de la création.

  1. Résister, c’est ne pas désirer le pouvoir

La résistance alternative n’est pas dans l’attente d’une prise de pouvoir ou dans l’espoir de lendemains qui « chantent ». Notre puissance d’agir est en nous, c’est ici et maintenant.

  1. Résister à la sérialisation

Le capitalisme ne peut exister sans diviser, séparer, catégoriser (jeunes/vieux, travailleurs/chômeurs, Français/Etrangers,…). Nous devons sortir du piège des étiquettes et des rôles pour sortir de notre obsession d’insécurité, comprendre que nous ne sommes pas isolés ; au contraire nous sommes des multiplicités mêlées et liés à d’autres multiplicités.

  1. Résister sans maîtres

La création d’une vie différente nécessite de sortir des images de bonheur que ce même système génère, si on désire « avoir ce que le maître possède » on reste dans la position de l’esclave. Des résistances naissent d’autres images du bonheur, de liberté, de solidarités.

  1. Résistance et politique de la liberté

La politique, dans sa signification profonde, est liée aux pratiques émancipatrices, à une recherche active de la liberté et du « vivre ensemble ». Il est nécessaire de sortir de la politique gestionnaire, à court-terme, pour tendre à une politique qui nous redonne nos capacités, notre vitalité.

  1. Résistance et contre culture

La création artistique n’est pas un luxe d’homme, c’est une nécessité vitale qui doit retrouver sa place au cœur de la vie. Dans la société de la tristesse, l’art a été séparé de la vie, et même l’art est de plus en plus séparé de l’art lui-même, gangréné par les valeurs marchandes.

  1. Résister à la séparation

Résister c’est aussi dépasser la séparation entre la théorie et la pratique, entre la tête et le corps. C’est créer les liens entre les hypothèses théoriques et les hypothèses pratiques, que tous ceux qui savent faire quelque chose sachent aussi le transmettre à ceux qui désirent se libérer.

  1. Résister à la normalisation

Dans nos sociétés, il n y a pas « d’exclus »; nous sommes tous inclus, de manière différente, de manière plus ou moins indigne et horrible, mais inclus tout de même. L’alternative implique un monde où chacun assume la fragilité, la faiblesse propre au phénomène de la vie et où chacun développe ce qu’il peut avec les autres et pour la vie.

  1. Résister au repli

Résister c’est aussi repousser la tentation d’un repli d’identité qui sépare, « nous» et « les autres ». Le métissage est le propre de l’homme depuis toujours et pour toujours, c’est une richesse à valoriser.

  1. Résister à l’ignorance

Notre culture prétendument scientifique et technique produit en fin de compte de l’ignorance de masse, nous ignorons la quasi-totalité des mécanismes du monde dans lequel nous vivons.  Il est donc urgent de créer des groupes, des forums de socialisation du savoir, d’éducation populaire pour que les hommes puissent retrouver une véritable autonomie de penser et d’agir.

  1. Résistance permanente

Liberté et justice ne seront jamais des points d’arrivés, ils n’existent qu’ici et maintenant, dans et par les moyens qui les construisent. Notre défi en tant qu’homme et femme libres, c’est qu’existent les liens de solidarité, de liberté et d’amitié qui empêchent réellement que le pouvoir soit ou deviennent réactionnaire.

  1. La résistance est lutte

Sortir de la séparation qui nous impuissante impliquent de lutter pour la recomposition de liens. La lutte va toujours dans le sens de la puissance, de la manifestation de lien, de l’alimentation du désir de liberté dans chaque situation.

  1. Résistance ouvrière

La résistance des collectifs et groupes de travailleurs bien que singulière et locale doit dépasser les revendications sectorielles pour être multiples et solidaires. La liberté ne se conjugue qu’en termes universels, ou dit autrement, ma liberté ne s’arrête pas là ou commence celle de l’autre, mais ma liberté n’existe que sous la condition de la liberté de l’autre

  1. La résistance et la question du travail

Résister c’est sortir du travail aliénant qui nous sépare en classe, pour en faire une porte d’entrée vers le développement personnel et social. Les activités qui valorisent le monde et ses habitants (techniques, scientifiques, artistiques,…) sont des sources de démocratisation radicale et une mise en question définitive et totale du capitalisme.

  1. Résister c’est construire des pratiques

Rompre avec la société du spectacle, c’est ne plus être spectateur de sa propre vie, spectateur du monde. Cela implique de construire ici et maintenant,  des millions de pratiques, des réseaux et liens qui libèrent la vie de ce monde triste et mortifère.

  1. Résister c’est créer des liens

Il est indispensable de réfléchir sur nos pratiques, les penser, les rendre visibles, intelligibles, compréhensibles. Nous vous invitons à briser votre isolement, à diffuser, partager ce document et à faire des commentaires pour que le dialogue s’ouvre au plus grand nombre.

  1. Résistance et collectif de collectifs

L’entraide et la mutualisation des savoirs libertaires est indispensable car chaque lutte qui échoue renforce le capitalisme. Dans la construction des alternatives, il n’y a pas de petit ou de grand projet.

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Buenos Aires, automne 1999

Collectif « Malgré tout* »

*Le collectif « Malgré tout », à l’origine de ce manifeste et crée à l’initiative de Miguel Benasayag, est composé de nationalités, de pratiques et d’horizon variés. C’est un collectif qui fonctionne sur 2 plans, théorique (production de texte, conférence,…) et pratique (chantier en éducation, médecine, handicap, journalisme, art, psychiatrie, université populaire, travail social,…). Il est proche de mouvement comme ATTAC, Mouvement des sans terres, DAL, Réseau éducation sans frontières, Laboratoires sociaux,…

Plus d’infos : http://malgretout.collectifs.net/spip.php?rubrique3

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