Écouter notre coeur pour ouvrir les fenêtres de la paix

« Si vis pacem para bellum » – Cette devise, que l’empire Romain a fait sienne en son temps, et que l’on peut traduire par « Qui veut la paix prépare la guerre » se rapproche à mes yeux de l’oxymore et ne résiste pas à l’examen de l’histoire. Si elle peut être entendue dans un sens raisonnable, les faits historiques font de cet adage un mensonge grossier. Par exemple, les Romains ont en réalité fait la guerre pendant deux siècles et demi. Par ailleurs, on peut lui préférer la version humoristique de Jean René Caussimon « Si vis pacem pars a vélo ».

Il est incroyable qu’au 21e siècle, les Hommes n’aient pas trouvé d’autres alternatives aux conflits que la violence et la guerre dont une expérience multiséculaire aurait dû, depuis longtemps, nous révéler l’inefficacité.

Peut on se libérer de la violence? La violence et la colère qui l’accompagne, peut elle être justifiée moralement ou juste? Et quand j’utilise le terme violence, je ne veux pas seulement évoquer la violence physique et les guerres. Il existe la violence économique (chômage, exploitation,…) et psychologique (l’individualisme, la négation de l’être humain, la dépression et les drogues). Ce questionnement est crucial car la violence nous détruit et détruit notre monde. Nous accumulons les frustrations et le ressentiment, générant de nouveaux cycles de violence parce que l’on cherche de fausses solutions comme les drogues, le fanatisme religieux et politique,…Et peu importe de savoir si la violence est innée chez l’homme ou si elle est le résultat de son héritage social et culturel. Nous sommes violent, c’est un fait irréfutable, la vraie question à se poser est: Comment y remédier?

Bien sûr, c’est une question très complexe. Pendant des millénaires des communautés religieuses du monde entier ont voulu rendre l’homme moins violent sans y parvenir. Il est donc crucial d’explorer les racines même de la violence pour nous en libérer. Et cela commence par se dire que l’on peut mettre fin, en soi même, à toute forme de violence tout en vivant dans ce monde brutal qui nous entoure. Etre intimement convaincu que la violence peut cesser est le premier pas.

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Il existe des concepts, des philosophies très anciennes comme la « non violence active » dont on retrouve des enseignements dans le Bouddhisme et le Jaïnisme. Elle a été popularisée dans le courant du 20e siècle par des personnalités comme Gandhi pour la libération de l’Inde de la tutelle Anglaise et l’abolition des castes. On pourrait également citer Martin Luther King et le mouvement des droits civiques aux Etats-Unis ou encore Nelson Mandela et le mouvement anti-apartheid en Afrique du Sud.

On peut s’appuyer sur le Centre de ressource pour la non violence de Montréal dont la mission est de faire connaître et de promouvoir la non-violence active comme un choix de vie personnel et collectif capable de contrer la violence sous toutes ses formes et de bâtir peu à peu un monde d’harmonie, de justice et de paix pour en esquisser une définition:

« La non-violence active est une façon de vivre, d’agir et de lutter dans un monde où la violence se manifeste sous de multiples formes. Elle repose sur une volonté ferme de respecter en toutes circonstances les êtres vivants et l’environnement et de résoudre les conflits inévitables de la vie sans recourir à la violence. Cette non-violence active est une force qui inspire, soutient et transforme tous les aspects de notre vie et de nos relations. Elle se pratique au jour le jour dans la vie privée, au travail ou dans la société, même en temps de conflits majeurs ou de guerre. »

http://www.nonviolence.ca/

Ce concept est intéressant dans le sens où il ouvre l’imaginaire vers un monde sans violence. Ce n’est qu’un concept parmi tant d’autres, les livres sacrés en sont pleins, et pourtant nous sommes toujours violents, mais il me semble que la spiritualité et l’art de vivre avec soi et avec les autres qu’il véhicule, peut nous aider à sortir de notre conditionnement culturel, éducatif…

Selon Jiddu Krishnamurti, pour comprendre la violence et aller au delà, « je ne dois ni la refouler, ni la nier, ni me dire: « elle fait partie de moi, je n’y peux rien ou: Je veux la rejeter. » Je dois la regarder, l’étudier, entrer dans son intimité et à cet effet, je ne dois ni la condamner ni la justifier.« 

Mais nos esprits conditionnés, ne sont pas habitués à ne porter aucun jugement. Cela s’acquiert par l’apprentissage et l’écoute de soi. Il est également possible de s’appuyer sur des principes simples comme le propose le docteur David Servan Shreiber dans son ouvrage « Guérir« . Par exemple, dans une discussion, émettre des observations les plus objectives possibles en s’appuyant sur des faits et parler uniquement de ce que l’on ressent. L’objectif de la communication non violente est de développer l’écoute de l’autre comme de nous mêmes. La communication non violente (CNV) ou empathique est un processus de communication intéressant, notamment développé par le psychologue Marshall Rosenberg dans les années 70, auteur de nombreux livres dont « Les mots sont des fênetres ou bien des murs« . Il existe aujourd’hui des livres, des formations qui sont appliqués dans des entreprises, des hôpitaux, des structures sociales et éducatives.

Soyons un peu plus girafe!

Soyons un peu plus girafe!

Je suis partisan du fait que la violence n’est pas le propre de l’homme. Pour de nombreux auteurs, l’éducation violente des enfants est la principale cause de son maintien dans l’inconscient collectif. En devenant adulte, à des degrés divers bien sur, la violence nous semble le moyen normal de résoudre les conflits. Alice Miller a notamment montré que tous les dictateurs du XXe siècle, sans exception, ont été des enfants dévastés par la violence de leurs éducateurs. Pus récemment, la télévision et le cinéma jouent un rôle crucial dans le développement comportemental. De multiples études prouvent que les enfants qui regardent beaucoup de violence sont plus enclins à utiliser la violence pour résoudre leurs conflits. La violence à l’écran à des effets concrets sur la stimulation et le fonctionnement du cerveau, notamment chez les plus jeunes. Une éducation à la non violence dès le plus jeune âge me semble tout à fait pertinent.

Par ailleurs, il me parait utile sur ce sujet, d’évoquer la notion, peu connue, « d’assertivité« . Elle se trouve entre la notion d’agressivité et de passivité et permet de sortir de la dynamique dominant / dominé. « L’assertivité est une fermeté face au respect et à l’expression de ses valeurs, besoins et désirs propres et ce, tout, en respectant aussi ceux qui nous entourent. Être assertif, c’est poliment reconnaître son droit d’exister, et son droit au respect de son intégrité, sans peur ni culpabilité. » Jacques Charest

C’est très important de ne pas confondre non violence et fuite du conflit. Il ne faut pas réduire ce concept au pacifisme ou à des techniques de « développement » personnel. La « non violence active » ou « l’assertivité » permettent de s’affirmer et de défendre ses idées mais en l’assumant sans violence et dans le respect des autres et de soi.

« La violence est le dernier refuge de l’incompétence » Isaac Asimov

D’un point de vue social, la non violence active s’exprime par la reconstruction de lien social. Et notre quotidien regorge d’occasion de reconstruire des relations interpersonnelles, en agissant sur les conflits qui déshumanisent la vie dans notre quartier, notre village, notre travail, nos activités,…Nul besoin d’être dans un pays en guerre, ou sous un régime d’apartheid pour agir et dépasser la violence qui est en chacun de nous. Nul besoin d’attendre non plus que la violence disparaisse à travers les seules actions politiques, sociales ou culturelles. Il me semble important d’être cohérent avec nos aspirations, avec notre esprit. Savoir ce que l’on veut vivre et donner au monde. Ce n’est pas chose aisée mais des techniques, comme la méditation, peuvent y contribuer. Développer un esprit en cohérence avec nos actions aide à dépasser la violence.

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Nous pouvons influencer la marche du monde, si en nous mêmes, nous ne sommes pas violents. Si nous nous disons que nous n’y pouvons rien, nous acceptons le désordre comme quelque chose d’inévitable. Au contraire, en menant une vie non compétitive, en étant moins égocentriques, nous pouvons provoquer des changements considérables dans nos rapports extérieurs et dans notre façon de penser et d’agir. Ce sont nos jugements, nos nationalismes, nos haines, nos avidités, nos envies de « plus » qui créent le chaos actuel.

Je finirais en citant le penseur Jiddu Krishnamurti, « Des petits feux peuvent devenir un brasier« .

 Baptiste S.

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