Le pouvoir du silence et la solitude (choisie)!

Nous avons tous besoin de temps pour réfléchir, pour prendre du recul face aux événements de la vie, pour évaluer le plus lucidement possible certains aspects de nos existences. Pour cela, il faut du calme et de l’équilibre. Hors nous vivons dans un monde de plus en plus bruyant et très sollicitant. Dans notre logement, la radio, la musique, la TV nous accompagnent quotidiennement. A l’extérieur, le bruit des voitures, des avions, des travaux publiques, la musique dans les magasins, les restaurants…sont permanents. Ce fond sonore perpétuel nous rassure mais en même temps, il coupe le lien social et crée une fatigue psychique latente.

(Crédit photo : fabolous - flickr)

(Crédit photo : fabolous – flickr)

Il est important de savoir prendre des « pauses« , de s’asseoir dans un endroit tranquille, agréable, ou l’on peut laisser voguer son esprit sans être dérangé. C’est l’une des raisons du succès des activités comme le yoga, la méditation, la marche en forêt ou encore le jardinage  qui permettent de renouer avec son  » moi  » intérieur.

Cependant, le silence peut faire peur et n’est pas toujours perçu comme bénéfique comme l’explique l’anthropologue David le Breton:

« Paradoxalement, le silencieux est vu non pas comme quelqu’un de humble mais comme quelqu’un de négatif au regard du lien social. Plus tard, j’ai participé à des groupes de réflexion entre étudiants qui consistaient à ne penser et ne parler que du moment présent. Le résultat était des moments de silence qui pouvaient durer très très longtemps. J’ai vu alors, en tant qu’anthropologue, la puissance du silence. Le silence permet de révéler beaucoup de choses, il montre notre rapport à l’autre, il montre toutes les constructions sociales dont nous sommes l’objet et auxquelles nous participons. Certaines personnes ne le supportaient pas et devaient quitter la pièce, parce que le silence les angoissait ou rappelait la mort de proches« .

Comme on peut le constater, le silence et le bruit peuvent être gênant. Le silence est aussi quelque chose de très relatif selon les personnes et les sociétés. L’important est de pouvoir choisir et d’alterner. Un autre élément est rentré dans nos vies récemment, c’est l’omniprésence du téléphone portable. On ne peut pas rester longtemps dans la rue sans croiser une personne en pleine conversation. On se donne des nouvelles en permanence sans avoir obligatoirement quelque chose à se dire, c’est plus un outil de reconnaissance social. On perd un peu de ce plaisir à se retrouver, se raconter ce qu’on a vécu, ce qu’on a ressenti. « On perd un peu de sens et d’émotion au profit de la sécurité« . David le Breton

 « La pause, elle aussi, fait partie de la musique » Stephan Zweig

Le silence dans un monde où nos sens sont constamment sollicités peut être un pur plaisir, il peut s’offrir comme un refuge. On peut même parier que sera un produit de luxe dans les décennies à venir, si ce n’est déjà le cas. Les espaces tranquilles permettent de faire fructifier et de rendre plus fécond nos pensées, nos idées. Ils permettent de retrouver de la sérénité et de la bonne humeur quand on dépasse le stade angoissant des premiers instants de silence.

Concernant la solitude, quant elle est décidé et volontaire, l’aptitude à passer du temps seul peut être une voie d’épanouissement. Mais il faut bien faire la distinction avec la solitude subie où l’isolement qui est un fléau qui touchent de plus en plus de personnes dans nos sociétés modernes ou la multiplication des moyens de communication sont trop souvent des moyens d’être seul tout en étant connecté à beaucoup de monde. Les chercheurs sont même en train d’inventer des robots sociaux, conçus pour être des compagnons pour les personnes âgées et les enfants!

De l’autre côté, nous surchargeons tous nos agendas pour ne pas se retrouver seul, face au vide angoissant de s’ennuyer, de ne rien avoir à faire ou personne avec qui discuter. C’est ce qu’exprime Matthieu Ricard ci dessous:

« N’ayant pas la capacité d’être seuls avec nous-mêmes, nous nous tournons vers d’autres personnes, non pas pour établir une relation altruiste et nous intéresser à ce qu’elles sont et à leur situation, mais pour les utiliser comme des pièces de rechange pour soutenir nos personnalités de plus en plus fragiles. Nous pensons qu’être constamment « en contact » nous fera sentir moins seuls. C’est l’inverse qui est vrai. Si nous sommes incapables d’être seuls, nous sommes beaucoup plus susceptibles de souffrir de la solitude. »

Pourquoi donc ne pas opérer un changement dans notre façon d’appréhender la solitude comme l’explique le sociologue Eric Donfu: «être seul n’est pas mauvais en soi. C’est ce qu’on en fait qui donne tout son sens à notre solitude. […] Celle-ci est bénéfique quand on l’intègre à un profond processus de changement. Car dans l’expérience solitaire, dès lors qu’on ne la fuit pas, on découvre qu’on n’est pas dénué de pouvoir. En nous dépouillant, la solitude nous incite à aller puiser dans nos ressources intérieures»

Mais se retrouver face à soi nécessite des choix courageux, il faut être prêt a écouter ses émotions, ses pensées, ses doutes,…

En matière de période en solo, le voyage tient une place de choix. En effet, de plus en plus de voyageur se lancent à l’aventure seul. Mais comme l’exprime le diction suivant « Un voyage sans rencontre est comme un conte pour enfant sans héros« , c’est triste. Heureusement, et contrairement au idées reçues, voyager seul facilite les rencontres car on n’a pas le choix, il faut affronter nos doutes, notre timidité…En voyageant seul, on se met dans une position d’ouverture et de réceptivité qu’il est difficile d’atteindre en groupe. Dans ce cas, la solitude ou la compagnie devient un choix et c’est ce qui fait la différence. Enfin, on entre également davantage en communion avec les territoires et les paysages que l’on traverse.

Apprendre à habiter notre solitude de façon volontaire me parait être un défi important pour notre développement personnel et notre capacité à habiter le monde comme des HUMAINS et non comme des zombies, simple producteur et consommateur tout au long de notre vie.

 « Tout a ses merveilles, l’obscurité et le silence aussi. » Helen Keller

Cultiver notre intériorité est crucial pour ne pas rester dans des relations ludiques, superficielles. Mais cette capacité de rester seul, quand on ne l’a pas acquis dès l’enfance, doit faire l’objet d’un apprentissage. Ce n’est pas évident, comme l’évoque la psychiatre Marie France Hirigoyen dans le très bon livre intitulé « Les nouvelles solitudes » :

« Si on supporte mal celle-ci (la solitude), c’est aussi qu’on nous a élevé dans l’idée que seul le regard d’autrui nous fait accéder à l’existence, que le bonheur affectif est lié uniquement à la présence de l’autre. Il ne faut pas confondre amour et dépendance. Pourtant, le constat est ancien, l’amour nécessite de la distance. Si l’on est trop près on ne voit plus l’autre. […] En acceptant d’aller au bout de son sentiment de solitude, on peut explorer ses ressources personnelles car c’est à travers les difficultés de la solitude que se fait l’apprentissage de l’autonomie et de l’amour de soi. »

Bien entendu l’Homme est un être social, nous avons besoin d’interagir, d’échanger avec la famille, les amis, les collègues,…c’est d’ailleurs toute la richesse de notre espèce. Mais la capacité d’être seul, nous rend plus disponible aux autres, « nous rapproche de l’amour, non pas au sens de coup de foudre passager, mais beaucoup plus d’une communion avec l’autre« . M.F Hirigoyen

Le plus beaux des voyages est en nous et à porter de chacun.   

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