Analyse de Pierre Bourdieu sur le rôle de la télévision

Un grand moment de télévision!

Cet échange datant de 1995 garde selon moi toute sa pertinence pour la majorité des médias, qui dominent aujourd’hui le marché de l’information. L’analyse sociologique que réalise Pierre Bourdieu dans cette émission, déstabilise et irrite les journalistes présents sur le plateau. Du haut de leurs certitudes, ces derniers se sentent attaqués. Bourdieu ne cherche cependant pas à dénoncer ou culpabiliser les journalistes, ils les estiment davantage victimes de présupposés! L’inconscient du monde médiatique est très important car c’est lui qui façonnent l’opinion publique.

La formule du débat télévisé, toujours d’actualité, est remise en question. Par exemple, Bourdieu évoque l’inégalité de fait entre les invités des plateaux télévisions, aptitudes inégales a prendre la parole par exemple. La forme dont l’échange est mis en place engendre une prise de position mais se pare des draps de l’objectivité et de la neutralité. Selon Bourdieu, le discours produit dans ce genre de débat va dans le sens du conformisme et de l’affrontement factice et biaisé.
En conclusion, il estime que la mise en place de lieux d’échanges rationnelle et des ponts entre les intellectuels et les professionnels de la pratique médiatique doivent continuer d’ exister pour renforcer la vie intellectuelle et la conscience des citoyens et cela peut passer par la télévision mais pas nécessairement.

En prolongement je vous invite a regarder le très bon documentaire de Serge Halimi « Les nouveaux chiens de garde », qui souligne les liens intimes qui existent entre les hautes sphères politiques, industrielles et médiatiques! En 1932, Paul Nizan publiait « Les Chiens de garde » pour dénoncer les philosophes et les écrivains de son époque qui, sous couvert de neutralité intellectuelle, s’imposaient en gardiens de l’ordre établi.
 Aujourd’hui, les chiens de garde, ce sont ces journalistes, éditorialistes et experts médiatiques devenus évangélistes du marché et gardiens de l’ordre social.

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Vers une économie du partage?

 » La richesse réside bien plus dans l’usage que dans la possession ». Aristote

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C’est à partir de cette formule qu’on peut aborder les changements économiques que les sociétés occidentales connaissent aujourd’hui. En effet, la consommation collaborative se développe à grande vitesse dans de multiples secteurs de l’économie, on peut citer le covoiturage, l’autopartage, le couchsurfing, la location ou l’échange d’appartement entre particulier, mais aussi les systèmes d’échanges locaux (SEL)* qui permettent aux membres d’échanger leurs compétences sur une base égalitaire, les plateformes collaboratives de prêt entre particulier ou encore le mouvement des Incroyables comestibles, dont le principe est de planter, dans un espace public ou sur son rebord de fenêtre, des fruits et légumes qui peuvent être cueillis par tous…C’est Jérémy Rifkin qui a diagnostiqué cette transition d’un age de la propriété vers un « age de l’accès » ou la dimension symbolique des objets décroit au profit de la dimension fonctionnelle.

Ce détachement vis a vis des objets de consommation, même s’il est en grande partie provoqué par l’augmentation du coût de la vie et des difficultés financières pour une majorité des ménages est un signe positif. La transition vers cette économie alternative doit venir de la population. Il est indispensable que chacun s’engage dans des initiatives qui relèvent de l’économie alternative. Dans l’idéal cela doit venir naturellement suite a une réflexion et une compréhension de la prédation du système dans lequel on vit et non pas pour de simple impératifs économiques. 

Trop peu de gens encore réalisent les effets destructeurs du système. Cependant de plus en plus commencent à comprendre qu’en se libérant eux-mêmes d’une dépendance excessive envers le système des institutions que la société industrialisée a créées, ils peuvent jouir d’une meilleure vie pour eux-mêmes et aider d’autres gens à faire de même. Pas besoin d’essayer de détruire le système actuel ou d’en prendre le contrôle. Ce sera suffisant de lui retirer notre soutien.

Cependant un des écueils majeur à éviter sera la capacité du système économique actuel à récupérer ces initiatives afin de les marchandiser. En effet, cette mutation des formes de la consommation est déjà vu par certaine entreprise comme un potentiel de transactions important. Cela permet d’élargir la base des consommateurs et la marchandisation s’étend à la sphère domestique  et aux services entre particuliers qui était jusque là en grande partie préservé. Le processus est simple, les start up du web se battent pour s’imposer comme la référence incontournable de la gratuité, et une fois cette position obtenue, on impose aux utilisateurs une facturation à travers le site. (exemple: covoiturage.fr devenu BlaBlaCar)

Si la crise semble expliquer l’essor de ces nouvelles pratiques et de cette économie du partage. Il me semble important que cette nouvelle consommation soit accompagné de valeurs liées à la recherche de pratiques égalitaires et écologiques ou encore la volonté de (re)créer du lien social. Et pas simplement par une volonté de continuer a (sur)consommer à moindre coût. En effet, dans cette situation le bénéfice écologique serait nul voir même négatif car on peut anticiper le même effet rebond que dans le domaine énergétique, ou les réduction de dépense issues des progrès techniques conduisent a des augmentations de consommation.(1)

PS: Voici le lien vers une page qui recense 100 sites de consommation collaborative dans de nombreux domaines: http://lesmoutonsenrages.fr/2013/08/06/100-sites-de-consommation-collaborative/

http://www.selidaire.org/spip/

(1) Lire Cédric Gossart, « quand les technologies vertes poussent à la consommation », Le Monde diplomatique, juillet 2010