Changer l’école pour libérer nos enfants

Suite et fin de mon article sur l’éducation. Après avoir évoqué la question éducative lors des premiers mois de l’enfance et hors cadre scolaire, je souhaite aborder dans cette seconde partie « l’école et ses enjeux ».

Sujet clivant, glissant mais captivant. Je ne souhaite pas écrire un énième article à charge contre l’école et ses éducateurs, en effet je ne souhaite pas perdre de nombreux amis et connaissances! 🙂 Mon objectif est de mettre en lumière les limites du cadre scolaire classique mais surtout d’évoquer les pistes et alternatives qui existent déjà dans le domaine. Comme bien souvent, elles n’attendent que volonté, courage politique et un sursaut citoyen pour être mises en oeuvre à grande échelle.

Tout d’abord, il me semble important de souligner que nous avons un travail à faire sur nous en tant que parents et citoyens pour questionner le modèle éducatif  et le modèle de société que nous souhaitons offrir à nos enfants. Pour transformer l’institution scolaire, nous devons en parallèle transformer nos esprits. Déconditionnement et remise en question personnel sont des passages obligés. Par exemple dans nos échanges avec les enfants on peut s’interroger sur nos intentions quand je lui dis cela ou que je fais cela, on va explorer ce qui nous anime…Ce questionnement va nous faire rentrer dans une relation avec l’autre plus respectueuse, empathique, amicale. On connait également l’importance de faire confiance à l’enfant dans ses propres ressources, ses capacités, ses rêves mais cela ne peut se faire qu’en se faisant soi même confiance. C’est loin d’être évident pour tout le monde mais on ne peut pas donner à l’autre ce que l’on ne peut pas se donner à soi même.

« On ne peut enseigner que ce que l’on est » Jean Jaurès

Une fois ce travail sur nous même accepté et entamé, posons nous les questions suivantes: Quelles sont les conditions favorables au développement de l’enfant, quel environnement est le plus adapté, quelles sont les valeurs fondamentales que nous voulons faire germer chez eux, de quoi ont ils besoin pour grandir dans un monde changeant et devenir des citoyens confiants et conscients?

Commençons par regarder les besoins de l’enfant au delà des besoins des adultes. Rien que d’un point de vue de l’environnement physique, il est évident que le regroupement des enfants par âge, pour ne pas dire « date de fabrication », dans une position assise entre 4 murs pendant 5 à 7h ne répond en rien à leurs besoins. Les enfants ont un rythme chronobiologique propre à chacun, certains sont du matin, d’autres du soir, tout les enfants n’ont pas envie de faire la sieste à une heure précise, ou écouter le même adulte toute la journée.

Voici un aperçu d’école maternelle qui prend en compte ses différents critères.

Par ailleurs, nous avons la croyance que l’instituteur/professeur produit de l’apprentissage par son enseignement mais l’enfant apprend par lui même. Le monde animal et végétal nous l’apprend. L’apprentissage se fait à travers tout ce que l’on vit, apprendre est un phénomène inhérent, secondaire au fait de vivre. Par ailleurs, on apprend aussi bien avec son corps qu’avec sa tête d’où l’importance des activités manuelles et en extérieur. Le pédagogue Thierry Pardo prend l’exemple du voyage pour illustrer ce point. Pour découvrir et en apprendre plus sur la région où l’on se trouve, on va se balader, se perdre, vivre des événements physiquement, on ne reste pas enfermé dans une salle à regarder des powerpoint ou des vidéos, ce serait terrible. Et pourtant c’est ce que l’on nous inflige pendant toute notre scolarité.

Sophie Rabhi ne dit pas autre chose: “La curiosité est naturelle et si elle n’a pas été malmenée par une injonction d’apprendre, si elle est encore pleine et entière, elle fonctionne parfaitement bien. Les enfants qui se détournent de l’apprentissage,  sont le plus souvent des enfants qui ont vécu tout un système de pressions de l’apprentissage et fermer des connexions essentielles de la curiosité, de l’enthousiasme et de la liberté.”

A l’école, les enfants ne choisissent rien, on pense à leur place sur quoi faire et quoi apprendre mais on nous dit qu’on va en faire des adultes libres et autonomes! Apprendre de façon naturelle et spontanée est impossible, tout est pensé dans un cadre pédagogique, l’activité d’apprentissage, même quand elle est enrobée sous forme de jeux, est cadrée. Par ailleurs, si il est aujourd’hui démontré qu’il n’existe pas de différence entre jouer et apprendre, (tous les mammifères répondent à ce schéma) le jeu ne doit pas devenir un outil pédagogique. C’est parce qu’on joue de façon libre et spontanée, en créant ses propres règles,…qu’on apprend, qu’on enracine l’apprentissage.

En matière d’innovation, l’école du XXIe siècle s’appuie sur la théorie des intelligences multiples et ses applications pédagogiques.

Cette théorie facilite l’acte d’enseigner en permettant concrètement la prise en compte de la diversité des élèves et facilite également l’acte d’apprendre en donnant aux élèves des clés pour comprendre leur propre fonctionnement et ainsi avoir confiance en leurs compétences respectives. 

Ce point nous entraîne sur la question de la formation des enseignants. Il est largement admis que nos éducateurs sont très bien formés et préparés sur les programmes scolaires. En revanche, on peut se poser la question de la formation en matière de pédagogie, de transmission des savoirs et de développement de l’enfant. Par exemple  les phénomènes de l’illusion d’incompétence ou d’impuissance apprise me semble peu ou mal connus et pourtant elles font des dégâts considérables chez nombre d’élèves. Boris Cyrulnik insiste également sur la formation: « Il faut former les profs, mais aussi les agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (Atsem) et les familles aux théories de l’attachement. Il faut leur expliquer comment parler et interagir avec de jeunes enfants, comment leur donner confiance en eux… ».

On peut également citer la C.N.V qui pourrait faire partie de la boite à outil de chaque enseignant et « s’ouvrir à l’idée que le monde de l’éducation peut avoir besoin d’empathie pour soutenir les défis d’une école sereine et prévenir la production des violences (institutionnelles et l’insécurité sociale des familles qui rejaillit sur les enfants, etc.), voici autant de raisons de décrire la CNV comme un soutien à la parentalité et et à une éducation émancipatrice. » Geneviève Bouchez Wilson

Il est nécessaire de garder en tête les besoins de l’enfant qui, selon Thierry Pardo, sont: 

  • Besoin de temps et d’espace libre pour que l’enfant puisse les aménager et les investir pour développer les compétences et l’apprentissage. Si ce n’est pas le cas on est dans un cadre conditionné qui ne respecte pas son rythme. Aussi, donner de notre temps à nos enfants est certainement le plus beau cadeau.
  • Besoin de bienveillance, d’amour personnalisé – l’école et l’éducateur ne peuvent pas en fournir à chacun et ce n’est pas leur rôle principal. C’est le rôle des parents et de l’entourage proche.
  • Besoin d’interaction féconde – L’enfant doit pouvoir interagir avec des personnes de toutes conditions, de tous âges,…sans aucune forme de préjugé.

Le voyage permet de remplir tout ces points, ces besoins. Cela fait maturer nos enfants sans les formater. (Lire à ce sujet: « La pédagogie de l’ailleurs » – Thierry Pardo). Et ce n’est pas nécessaire de partir à l’autre bout du monde, c’est simplement quitter le cadre habituel, le cadre familial pour attiser la curiosité et faire face à l’altérité. A ce titre les voyages scolaires sont très important, en particulier quand les jeunes participent à son organisation. Ce type d’expérience favorise la coopération, la vie en communauté, l’autonomie, l’adaptation,…

De toute évidence, le système éducatif classique s’accroche à un modèle qui ne fonctionne pas ou plutôt qui fonctionne très bien pour perpétuer les inégalités sociales. Inconsciemment, les instituteurs, les professeurs fabriquent de la hiérarchie (voir la constante macabre). L‘évaluation dès le plus jeune âge et la pression de la réussite qu’on transmet plus ou moins consciemment aux jeunes est anxiogène. C’est particulièrement vrai en France où l’échec est jugé sévèrement. L’évaluation individuelle avec des notes est à bannir sans hésitation car c’est une forme de maltraitance. Les pays d’Europe du nord l’ont compris depuis longtemps. 

Il est temps de se questionner pour savoir si l’on accepte que l’école fabrique des producteurs/consommateurs, adaptés et adaptables au marché du travail, être une filiale de Pôle emploi en somme. Ou alors si l’on souhaite que l’école favorise l’esprit critique, le vivre ensemble, la connaissance de soi, les valeurs d’entraide et d’empathie.

Des solutions simples et peu coûteuses existent. Notre société a besoin que l’école publique s’inspire davantage des pédagogies alternatives (Montessori, Freinet, école démocratique, Waldorf, école du 3e type de Bernard Collot,…) et s’appuie sur les exemples qui montrent de bons résultats (par exemple, Céline Alvarez et son expérience en ZEP ou la méthode de Singapour pour l’apprentissage des Maths). Il existe au sein même de l’éducation nationale le réseau FESPI (Fédération des établissements scolaires publics innovants) alors pourquoi ne pas développer tout ça à une plus grande échelle?

L’école classique pourrait également s’inspirer des Maisons familiales et rurales, établissements qui ont pour objectifs la formation et l’éducation des jeunes et des adultes, ainsi que leur insertion sociale et professionnelle depuis 70 ans. Leur approche pédagogique basée sur l’engagement des parents, le travail d’équipe, la responsabilisation progressive, des projets de vie,…me semble très intéressante mais trop méconnue.

Aujourd’hui, l‘apprentissage et la pratique de ces pédagogies alternatives relèvent d’un choix personnel de la part de chaque enseignant. Allons plus loin, les pédagogies nouvelles ont fait leur preuves donc dépassons le stade de l’initiative individuelle pour aller vers un apprentissage systématique de ces pédagogies dans les écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ex: IUFM). Dans le cas contraire, une éducation à deux vitesses va se renforcer avec du « privé innovant » et adapté aux besoins des enfants mais réservée à une élite qui a les moyens et la grande masse dans le public avec un modèle aliénant qui formate et étouffe le génie qui sommeille en chacun de nous.

Le mal être des élèves mais également des enseignants s’explique par une non adaptation de l’école aux véritables enjeux de notre temps, un changement de paradigme semble évident.

« Les enfants font face à des mutations considérables telles que l’aggravation des taux de chômage, la fin de l’énergie peu chère, la précarité (voire l’absence) des aides sociales et des retraites, la destruction massive des terres agricoles et des écosystèmes naturels, etc. Pour anticiper sur ces problématiques et offrir de la sécurité aux enfants, il est primordial de leur permettre d’accéder à des compétences qui permettent l’autonomie. L’agro-écologie, la valorisation des ressources naturelles, l’artisanat et le travail manuel, l’acquisition de compétences pratiques et techniques visant l’économie des ressources matérielles et énergétiques, « la sobriété heureuse », sont autant de connaissances et savoir-faire essentiels à son éveil et à l’adulte qu’il sera demain, et complémentaires au programme classique. » Mouvement Colibris

En conclusion, il faut se rappeler de notre pouvoir. Il est possible de contribuer à notre niveau avec les enfants et les jeunes que l’on côtoie à ce renouveau éducatif. Il est bien sur possible de choisir d’envoyer ses enfants dans une école dites « alternatives ». Il en existe près de 700 en France mais ces petites bulles d’éducation privées et payantes sont accessibles à une petite fraction aisée de la population. A mon sens l’enjeu en tant que citoyen est de crier haut et fort qu’on ne veut plus de ce modèle et soutenir les éducateurs déjà engagés dans cette transition pour généraliser ces nouvelles pratiques éducatives au sein de l’éducation nationale. Le renouveau de l’éducation publique est un enjeu politique donc de notre ressort à tous.

Alors la prochaine fois qu’on parlera avec un jeune, plutôt que de lui demander si il a des bonnes notes à l’école et quel métier il aimerait faire. Demandons lui plutôt, quel homme/femme voudrait tu être, qu’est ce qui t’inspire, quels valeurs te tiennent le plus à coeur? Questions plus complexes mais plus riches qui ouvrent d’autres perspectives.

PS: Pour ceux qui souhaitent creuser le sujet, je vous invite à regarder l’animation de Ken Robinson « Changer l’éducation » qui résume pourquoi le modèle de l’Education est complètement dépassé et pourquoi nous devons absolument changer ces vieux paradigmes.

Baptiste S.

 

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L’éducation en pleine mutation!

J’écris cet article en pensant à mon entourage proche et éloigné…Je suis de plus en plus en contact avec de jeunes parents ou en passe de le devenir. Ils influencent ces quelques lignes qui je l’espère favoriseront la réflexion et permettront  d’enrichir certaines pratiques éducatives.

Dans l’espoir d’un changement social majeur, l’enjeu éducatif est crucial. Malheureusement, sur ce plan nous sommes face à une crise…de l’éducation, de l’école, de l’autorité, de la pédagogie. A partir de ce constat et pour reprendre Pierre Rabhi, la double question qui se pose est la suivante : « Quelle planète laisserons nous à nos enfants ET quels enfants laisserons nous à la planète? »

Nous allons ici explorer des pistes pour modestement aborder cette 2e question. Si nous voulons des rapports humains plus paisibles, respectueux, nous devons faire autrement et donc penser autrement. Et la bonne nouvelle c’est que les lignes bougent, le monde éducatif, en quête de nouveaux repères, semble s’ouvrir à de nouvelles stratégies. Le sujet est vaste donc cet article sera en 2 parties. Dans un premier temps les stratégies qu’il est possible de mettre en œuvre à la maison et avant même l’entrée à l’école. Dans un deuxième article, j’évoquerai les nouvelles méthodes éducatives au sein de l’école.

A l’aune des dernières découvertes en neurosciences notamment, il y a un bouillonnement et une grande diversité d’expérience pour faire évoluer la façon d’éduquer les enfants.

Et c’est bienvenu car la gigantesque machinerie de l’éducation nationale ne répond plus vraiment aux aspirations de nombreux jeunes parents. De nombreux enfants ne s’adaptent pas aux règles de l’école publique et surtout les parents recherche des valeurs éducatives nouvelles : apprentissage de la coopération plutôt que la compétition, équilibre entre travail manuel et intellectuel, apprentissage actif et instruction passive, responsabilisation plutôt que soumission, etc.

De plus, des voix commencent à se faire entendre pour dire que « dans notre culture, comme dans bien d’autres – malgré nos belles intentions – la violence est présente dans nos relations à l’enfant dès la naissance. Nous devons individuellement et collectivement accepter de regarder en face ce qui, dès l’enfance, programme le cerveau humain à subir puis reproduire des schémas qu’il à toujours connus ». Thomas d’Ansembourg

C’est la violence éducative ordinaire (à la maison et à l’école) qui doit être remis en cause. C’est difficile, car notre modèle d’éducation classique est utilisé avec souvent la meilleure des intentions (transmettre des valeurs de respect, de gout de l’effort,…). Voir à ce sujet l’excellent livre d’Alice Miller « C’est pour ton bien » qui explique clairement comment une « pédagogie noire » se met en place malgré notre volonté de « bien » éduquer nos enfants. C’est notre méconnaissance du fonctionnement de l’enfant, notre communication peu adaptée à écouter et exprimer nos besoins et nos rythmes de vie infernaux qui nous empêchent de mettre en pratique une éducation bienveillante. Ainsi se reproduisent les schémas familiaux de générations en générations.

Nous allons voir qu’avec l’aide des neurosciences et les pédagogies alternatives (Montessori, Steiner, Freinet, modèle Scandinave, école des bois,…) que je rangerais sous le terme éducation positive, il existe des pistes simples à mettre en œuvre pour mieux comprendre l’enfant et l’accompagner à développer les compétences de vie dont il a besoin pour devenir un être épanoui, autonome, responsable et engagé dans la société.

Tout d’abord, avant l’école et même déjà pendant la grossesse, il est important de rappeler qu’un environnement affectif sécurisant, bienveillant (douceur, confiance, empathie) est indispensable pour le bon développement psycho-émotionnel de l’enfant. C’est le terreau qui conditionne tout le potentiel de croissance, la condition fondamentale pour permettre au cerveau de se développer dans toutes ses facultés. Par ailleurs, le cerveau des enfants ne fonctionne pas comme celui de l’adulte, toutes les facultés ne s’activent pas en même temps. Cela peut paraitre évident pour certains mais demandera à de nombreux adultes de questionner leur système de pensée, de référence et déconditionner ses habitudes.

Les premières années de la vie jusqu’à 6 ans sont fondamentales, le cerveau est en pleine formation, le cerveau est d’une plasticité incroyable, comme l’explique la vidéo ci-dessous:

A ce sujet, je rajouterais la question des outils numériques. Omniprésent, Les écrans doivent faire l’objet d’une attention particulière de la part des parents et des éducateurs. Des règles toutes simples en fonction des âges permettent de limiter les risques d’addiction. Le cerveau des jeunes enfants est particulièrement vulnérable face aux écrans. Ci dessous un résumé de la règle: 3-6-9-12 du docteur Serge Tisseron

Certaines compétences de vie sont indispensables on peut citer l’estime de soi, l’autonomie, le sentiment de responsabilité, l’esprit critique, la capacité de coopération,… Par exemple, « le besoin d’amour et d’estime de soi (confiance en ses capacités) s’ils ne sont pas assez nourris dans la famille vont selon l’enfant se transformer en hypersensibilité, en vulnérabilité lors de son entrée à l’école. Le besoin d’estime peut se transformer en course à l’estime avec l’obsession de l’emporter sur l’autre ou créer des craintes phobiques par rapport à certaines matières, etc ». Jane Nelsen dans « L’éducation positive »

Les carences familiales et sociales, à la base de l’échec scolaire, engendrent une crise de société. Heureusement, « Pouvoir vivre en êtres humains libres et coopératifs et non en rivaux. Cela s’apprend ! » Edgard Morin

Le contexte familial et la qualité relationnelle au sein de celles-ci sont une des clés de voute pour le développement de l’enfant. Des études montrent qu’un enfant sur cinq arrive à l’école sans être prêt à apprendre, en raison de sa vulnérabilité sur les plans suivants : psychosocial, communicationnel et affectif.

Pour continuer, examinons deux éléments importants : l’estime de soi et la créativité

  • L’estime de soi « passe par beaucoup de tâtonnements, d’essais-erreurs et de ’bravos’ encourageants». « L’encouragement est à l’enfant ce que l’eau est à la plante ». Dreikurs

Mais attention, encouragement ≠ compliment. C’est Jane Nelsen qui nous explique LA différence :

Quand on complimente, on dit par exemple : « Tu es intelligent ! » « Très bon travail ! » « Tu es vraiment adorable » (étiquette, jugement), « Tu as eu plus que ta copine/ton copain. Tu es trop fort ! » (comparaison), « J’aime bien ce que tu as fait » (opinion personnelle).Cela implique une dépendance aux autres (à la fois dans le jugement attendu et dans l’objet de comparaison) et le possible déclenchement de comportements pour cacher les résultats qui ne seraient pas conformes aux attentes extérieures (mensonge, dissimulation, évocation des « autres » pour justifier un comportement ou un résultat). Rajoutons que la personne qui complimente exerce une forme de pouvoir sur celui qui les reçoit…

Alors que lorsqu’on encourage : « Je vois à quel point cela t’a demandé du travail » « Qu’est-ce qui t’a demandé le plus d’effort ? » « Tu viens d’apprendre ceci. Qu’en penses-tu ? » « Quand je regarde ta création, cela me fait penser à… « (description, attention aux détails, valorisation des efforts, reconnaissance de la responsabilité), « Merci pour ton aide » (gratitude), « Tu peux m’expliquer/me montrer comment faire ? » (valorisation du processus d’apprentissage, transmission du savoir). Les enfants encouragés apprennent à réfléchir , construisent leur estime de soi au fil de leurs expériences et ne se comparent par aux autres. De plus, il y a ainsi peu de risque que l’ego ne devienne encombrant à long terme.

  • La créativité avant 6 ans est une période nécessaire pour permettre à l’enfant de murir et d’accepter ensuite l’acquisition des apprentissages fondamentaux (lecture, écriture,…). « Mais cela suppose d’avoir respecté sa petite enfance, l’avoir laissé jouer, inventer, s’ennuyer et se défouler… » supplie Myriam Szejer, pédopsychiatre

Pour favoriser ces deux éléments, les « école des bois » et autre « jardins d’enfants dans la nature » se développent depuis les années 1950 dans les pays scandinaves et germaniques. « La nature est un espace d’explorations et d’expériences sans limites. Un espace de jeu et d’apprentissage pour les enfants, mais surtout un outil pédagogique pour le développement de leur lien à la vie. Les trois buts principaux sont le plaisir de l’enfant, son développement intégral, et lui permettre de fonder une relation émotionnelle à la nature », explique Sarah Wauquier, auteure du livre Les Enfants des bois

Un avantage également sur le plan pratique de ce type de projet, la nature est un bien public, il n’y a donc pas de loyer à payer et pas de matériel pédagogique hors de prix ce qui permet d’offrir des prestations à tarifs égaux aux crèches classiques.

Le Waldkindergarten (jardin d’enfant) « Zauberwald », en Allemagne

Autre point crucial, la qualité de la communication et de la relation à l’enfant joue un rôle majeur. Par exemple, le cerveau n’entend pas les négations, il est donc important de formuler ses demandes avec des tournures de phrases positives.

Des interdits aux formules de consignes positives

En matière de communication, la communication non violente (CNV) comme expliquée dans la présentation suivante est un outil très utile pour comprendre les besoins de l’enfant qui se cachent derrière les comportements « inappropriés ». Cela permet également d’exprimer avec bienveillance que le comportement ne nous convient pas.

Par exemple : « Ce n’est pas agréable pour moi quand (citer l’action effectuée….) J’ai besoin de calme et je souhaite également t’aider mais cette manière de faire de ta part ne me convient pas. Essayons ensemble de trouver une solution » Ci-dessous une courte vidéo présentant les avantages de la CNV en matière éducative.

Et n’oublions pas que le moteur de développement de l’enfant se situe également dans le non-verbal. Les gestes d’affections, les preuves d’attentions (regards, attitudes), la proximité sont cruciaux. L’essentiel de la communication est visuelle alors optons pour la simplicité dès que cela est possible.

Également, il me semble important de le préciser d’entrée, on peut éduquer sans le duo punition/récompense (le bâton et la carotte sont à proscrire). Et si l’on entretient les rapports de force sur le modèle domination/soumission avec les enfants, on imprime dans leur logiciel interne : « Lorsque nous ne sommes pas d’accord, la seule façon de résoudre le conflit, c’est de s’écraser ou d’écraser ». Thomas d’Ansembourg

L’absence de punition n’est pas du laxisme, un équilibre est à trouver entre bienveillance et fermeté. Cela implique aussi d’acquérir de nouvelles techniques et de l’entrainement. Pour l’enfant, les routines et un cadre fixe sont important pour son développement, sa confiance. Les impliquer dans la définition du cadre et des limites en misant sur la coopération plutôt que sur la relation de pouvoir est un premier pas.

En éducation positive, l’idée est de s’intéresser aux besoins qui se cachent derrière les comportements de l’enfant. Ce n’est pas toujours facile mais c’est nécessaire. « Un enfant qui se comporte de façon inapproprié dit en réalité : « Je veux appartenir (au groupe, à ma famille, à ma classe,…) mais je ne sais pas comment m’y prendre. » ».

Par exemple, pour satisfaire le besoin d’attention de l’enfant, il est important de planifier régulièrement des temps d’attention spécifique à l’enfant ou l’on se consacre à 100% à une activité commune. Planifier des « temps d’échange en famille » (T.E.F) – Jane Nelsen ou chacun exprime ses besoins est également une routine bénéfique. Cela éviterait peut être à certains de se voir imposer des T.I.G une fois adulte ! 🙂

Enfin, un dernier point me semble fondamental. L’erreur de l’enfant est une opportunité d’apprentissage, ce sont des opportunités d’apprendre. Faire confiance à l’enfant pour trouver des solutions. Adopter ce principe pour nous même est également important. Quand on réagit à chaud par exemple, on retrouve les vieux réflexes de « faire payer pour l’erreur commise ». Mais on peut toujours transformer cette réaction première en opportunité d’apprendre, pour progresser et faire mieux la prochaine fois. Le concept des « 3R » de la réparation est intéressant pour assumer ses imperfections et les transformer en opportunité de grandir.

Les 3 « R » de la réparation de Jane Nelsen

RECONNAITRE (sa part de responsabilité) → Oups ! J’ai fait une erreur

RECONCILIER → Je suis désolé d’avoir…

RESOUDRE→ J’ai besoin de ton aide, j’aimerais que l’on trouve une solution ensemble

« L’éducation positive » n’est pas synonyme de perfection mais ouvre le champ des propositions pour améliorer la relation adulte-enfant et faire progresser toute la société. Les enfants sont de grands maitres pour nous entrainer et nous inviter à évoluer ! Loin d’être exhaustif, ce bref aperçu des notions et outils me semblent aidant pour partager au quotidien davantage de joie, d’harmonie, de respect mutuel et d’amour avec les enfants. Enfin, n’oublions pas que les grands discours moralisateurs agacent les enfants et les adultes par la même occasion. La transmission des valeurs, des repères passe avant tout par notre façon d’être, par l’exemple.

Dans le prochain article j’évoquerais les alternatives et les enjeux une fois la scolarité obligatoire débuté.

En résumé les points clés de l’article pour une discipline positive à la maison

  • Les compétences de vie se développent et s’acquièrent principalement entre 0 et 6 ans
  • Cerveau de l’enfant ne fonctionne pas comme celui de l’adulte – grande plasticité cérébrale
  • Importance d’avoir des relations et une communication de qualité (non verbale + C.N.V)
  • Règle des 3-6-9-12 pour les écrans
  • Mise en place d’un cadre sécurisant et d’une routine – impliquer les enfants dans la mise en place de règles et la recherche de solution
  • Temps d’échange en famille (TEF)
  • Les 3 « R » de la réparation
  • L’enfant imite son entourage, c’est une éponge qui absorbe le monde autour de lui

Baptiste S.